Episode I : La femme qui murmurait à l’oreille des rancors (par Wedge)

“On est presque arrivés !”

La voix, légèrement déformée par les hauts parleurs du système de communication de la navette, sortit subitement Nevan Arlls de son sommeil. Le jeune humain ouvrit les yeux et se maudit de s’être laissé aller au point de s’endormir dans la cabine passager du vaisseau. Une telle erreur aurait pu lui coûter la vie s’il avait eu affaire à un transporteur moins scrupuleux. Nevan ne pensait pas être quelqu’un de particulièrement paranoïaque mais une méfiance toute professionnelle avait déjà laissé des traces. Heureusement, le Nautolan qui avait accepté de l’emmener jusqu’à son point de chute ne semblait pas particulièrement mauvais au point de vouloir s’attaquer à ses clients.

D’instinct, il fit rapidement l’inventaire de son état physique et de ses affaires personnelles. Il était en forme et apparemment rien ne manquait, ses papiers et son argent, ses armes et son équipement, tout était là. Son sac contenant des vêtements et ses effets personnels ne semblait pas avoir été ouvert pendant son sommeil.

“Si v’voulez assister au retour dans l’espace réel, ramenez-vous dans le cockpit”, ajouta le pilote.

“Mouais… J’arrive.”

Le Vicky
Le Vicky

Nevan se leva et se dirigea dans l’unique couloir du vaisseau jusqu’au poste de pilotage. La porte s’ouvrit à son approche et il entra. Il s’installa dans le fauteuil du copilote, inoccupé puisque le grand Nautolan à la peau verte travaillait seul. Hoys Trema, lui avait-il dit avant l’embarquement, effectuait les procédures de sortie de l’hyperespace. Celui ci se rendit compte de la présence de son client et lui adressa ce qu’il devait croire être un sourire. L’individu ne semblait pas avoir les compétences requises pour se genre d’exercice mais Nevan ne s’en offusqua pas et lui rendit un sourire très convaincant. Il avait déjà eu affaire à des individus encore moins sociables que le Nautolan, mais au moins, la plupart d’entre eux essayaient tant bien que mal de faire semblant d’être agréables. Hoys n’en prenait même pas la peine, se fichant comme de son premier check-list, de paraître de bonne compagnie. De toute façon ce n’était pas ce que Nevan lui demandait. Il l’avait payé pour l’emmener là ou il voulait et il avait eu le bon goût de ne pas lui poser de questions.

La peau verte, la masse de tentacules crâniens qui lui tombaient dans le dos et ses grands yeux ronds et noirs...
La peau verte, la masse de tentacules crâniens qui lui tombaient dans le dos et ses grands yeux ronds et noirs...

L’extraterrestre était un grand gaillard assez baraqué, le dépassant de plus d’une tête et demi. La peau verte, la masse de tentacules crâniens qui lui tombaient dans le dos et ses grands yeux ronds et noirs étaient parfaitement caractéristiques de sa race. Nevan ne connaissait pas suffisamment cette espèce pour en juger, mais il pensa que l’individu avait quelques années de plus que lui. Toutefois, il avait de bons réflexes et semblait parfaitement savoir ce qu’il faisait. Hoys était, selon le peu d’expérience qu’il avait en ce domaine, un bon pilote, consciencieux et efficace. Après quelques phrases échangées avec lui, il avait vite compris que c’était un individu qui pouvait se révéler dangereux au besoin mais qui manifestement ne brillait pas par une rapidité d’esprit exceptionnelle. Sa carrure ou plus simplement la vision de celle-ci compensant probablement son manque évident de vivacité cognitive. Il s’était toutefois abstenu de tenter de le rouler car le gars connaissait bien son affaire. Il possédait une navette de classe Sentinelle désarmée, le Vicky, qui selon Hoys, tenait son nom d’une intelligence artificielle intégrée à l’ordinateur de bord et qui l’assistait dans son travail. Le Nautolan utilisait son vaisseau pour transporter passagers et marchandises à travers l’espace. Une activité comme un autre songea Nevan qui se disait que des individus comme lui devaient plutôt bien gagner leur vie. De plus la récente intrusion des envahisseurs Yuuzhan Vong avait fait monter les prix, la demande étant plus forte et les risques plus importants. Il soupçonnait également que quelques caisses de marchandises peu légales devaient occasionnellement s’égarer par mégarde parmi la cargaison régulière. Grand bien lui fasse pensa t’il, s’il se faisait un bonus là dessus c’était tant mieux pour lui. Nevan était le premier à admirer l’ingéniosité la débrouillardise et l’initiative privée.

“On y est”, annonça calmement Hoys.

Nevan observa le pilote mettre un point final à ses manœuvres. Doucement, il releva la plus célèbre poignée de l’univers cinématographique et le Vicky émergea de l’hyperespace à proximité d’une planète habitable de taille moyenne entourée de quatre lunes.

“Bienvenue à Dathomir”, ajouta t’il, spécialités locales ; monstre géants et sorcières de la Force au sens de l’humour très approximatif.

Nevan acquiesça d’un hochement de tête, il connaissait Dathomir de réputation. Cette planète de bouseux avait bizarrement fait parler plusieurs fois ces vingt dernières années. C’est là que le Seigneur de Guerre Zsinj avait été tué et son petit empire dissous face aux forces Hapiennes. En orbite de la planète, subsistaient encore quelques vestiges de cette bataille. La majeure partie avait été nettoyée afin de préserver la planète. Pourtant, à soixante degrés tribord de leur position [1] les chantiers orbitaux de l’ex-base Rancor, à moitié éventrés, avaient du être jugés placés sur une orbite suffisamment stable pour qu’ils ne bénéficient pas d’une évacuation. Après tout, quand on peut faire des économies… et puis si la carcasse en question ne se révélait pas aussi sure que les experts de la Nouvelle République l’espérait, le sort de la malheureuse planète située en dessous ne chagrinerait pas grand monde.

Les sorcières de la Force… Comme beaucoup, Nevan avait maintes fois entendu parler de la Force et des fameux chevaliers Jedi. La Force n’était pas à un phénomène à prendre à la légère. Pour preuve il avait même vu, une fois, un de ces fameux Jedi rassemblés par Skywalker, en action. Celui ci s’était vu opposé à un minable gang des bas-fonds de Coruscant et avait du affronter une demi-douzaine de loques, armées de blasters et de vibro-lames et certainement dopées par une quelconque substance illicite. Même si ses adversaires n’avaient pas valu tripette, le Jedi s’en était débarrassé avec une facilité déconcertante. Son sabre-laser s’était agité pour parer tous les tirs de laser qui avaient fusé. Les six voyous s’étaient retrouvés à terre, inconscients, en moins d’une minute. Le Jedi s’était payé le luxe de n’en tuer aucun, chose que Nevan aurait immédiatement privilégié pour sauver sa peau. Puis le chevalier était repartit, laissant ses adversaires s’en sortir avec quelques contusions et une plus grande prudence à l’avenir.

Nevan leur avait fait les poches puis s’était amusé à filer le Jedi, chose qu’il n’avait eu aucun mal à faire car si le chevalier Jedi se distingue par une grande maîtrise de son pouvoir, celui ci ne brille pas par sa discrétion. Nevan espérait bien ne pas avoir affaire avec les sorcières qui pouvait, il s’en doutait, se révéler aussi dangereuses et imprévisibles que les Jedi. Il se rassura en songeant aux propos de celui qui l’avait fait entreprendre ce voyage, l’affaire dont il lui avait parlé ne mentionnait pas un quelconque utilisateur de la Force. Mais Nevan savait qu’il y’avait toujours des imprévus.

“Vicky ?”

A l’appel du pilote, un holoprojecteur s’alluma et la représentation d’une femelle twi’lek très peu vêtue apparut entre les deux hommes.

“Hoys... alors tu daignes enfin te souvenir de ma présence ? Il était temps. Quand il a besoin de moi monsieur n’hésite pas à m’appeler au secours. Mais inutile de compter sur lui pour m’allumer de temps à autres pour me faire un brin de discussion. Pendant ces interminables vols hyperspatiaux par exemple…”

“C’est Vicky, mon I.A, déclara Hoys à l’adresse de son client. Un peu chiante mais utile.”

“Encore heureux que tu t’en sois rendus compte, ronchonna l’hologramme.”

Elle se tourna vers Nevan et sourit autant que son programme esthétique le lui permettait.

“Alors c’est toi son nouveau client ? Salut, moi c’est Vicky.”

“Euh… Nevan.”

“T’es plutôt mignon. Ca me change de ce gros wampa mal léché et de ses clients habituels. Quel malheur”, minauda t’elle en ramenant un lekku derrière sa nuque, comme une humaine le ferait avec une mèche de cheveux. “Pourquoi a t’il fallu que je me retrouve au service de ce rustre alors que j’aurais pu travailler pour un galant homme tel que toi…”

Nevan ne savait pas trop quoi dire. Non pas qu’il soit habituellement mal à l’aise avec la gent féminine mais c’était bien la première fois qu’il se faisait draguer par un assemblage de circuits. Hoys ne prêtait nullement attention à leur conversation, habitué à la personnalité de Vicky, et entamait l’entrée de la navette dans l’atmosphère.

“ … et c’est sans compter sur ses sautes d’humeurs qui…”

“Vicky !” La ferme, l’interrompit Hoys

“Mais quoi ?” demanda-t-elle vexée

“Contacte le contrôle du spatioport et demande leur l’autorisation d’atterrir. Réserve un hangar et un plein de carburant pour notre départ.”

“A vos ordres”, persifla-t-elle et l’hologramme disparut.

Le Vicky creva la couche de nuages et Nevan put admirer le panorama. Dathomir était une très belle planète qui aurait été immédiatement envahie par les promoteurs immobiliers et des flots de touristes si les autochtones s’étaient révélés plus accueillants. La nature était préservée et seules quelques traces de civilisations pointaient timidement ca et la. Depuis le départ précipité de Zsinj, la Nouvelle République avait pu installer un petit comptoir commercial dans l’hémisphère nord afin de fournir aux quelques populations humaines un lien avec le reste de la Galaxie. Le port avait grandit atteignant la taille d’une ville moyenne. Hormis cette touche de civilisation, 99,9% de la planète était dominée par la nature ; de vastes plaines de couleur brune et le grand désert de Dathomir, de gigantesques forêts dont les arbres atteignaient une taille parfois impressionnante, de longues et hautes chaînes de montagnes qui balafraient les trois continents qui dépassaient en surface celle de l’unique océan de ce monde. Le climat était chaud et sec sans être aride. La navette survola un lac puis des bâtiments dont la concentration se faisait de plus en plus dense.

“C’est AllyaPort ?” demanda Nevan.

"Ouais, la seule liaison entre ce trou et la Galaxie."

Le Vicky survola soudain le spatioport. Du moins si on acceptait l’idée que trois dalles de férobéton circulaires, entourés de quelques entrepôts et hangars en préfabriqués, le tout dominé par un bâtiment ovale d’une demi-douzaine d’étages abritant certainement l’embarquement, les services administratifs et le contrôle du transit, pouvaient être qualifié de spatioport. Hoys dirigea d’une main sure la navette jusqu’à une piste libre tandis que l’hologramme de Vicky réapparu.

“J’ai réservé le hangar B-3 où nous attend une pompe de carburant et un élévateur au cas où tu dégottes une cargaison pour le retour.”

“Hum”, sembla approuver Hoys en hochant la tête à l’adresse de son « partenaire ».

Vicky soupira et disparut à nouveau.

un jeune humain, la vingtaine tout juste passée, un visage fin et avenant au cheveux chatains mi-longs...
un jeune humain, la vingtaine tout juste passée, un visage fin et avenant au cheveux chatains mi-longs...

Vingt minutes plus tard, Nevan évoluait dans l’artère principale de la ville. Après l’atterrissage, il avait réglé la seconde moitié du prix du voyage au Nautolan qui l’avait salué avant de partir s’occuper des formalités douanières. Le jeune homme s’était retrouvé quasiment fauché à la suite de la transaction ce qui n’était jamais une bonne idée quand on débarquait dans un bled inconnu et un peu isolé comme AllyaPort. Il profita donc du trajet jusqu’au point de rendez-vous fixé avec son commanditaire pour rééquilibrer sa comptabilité personnelle [2] en soulageant quelques passants des soucis quotidiens liés à l’argent. Nevan marchait d’un pas rapide au milieu de la population du comptoir commercial, évitant de s’attarder. Personne ne fit bien attention à lui car il n’était pas particulièrement remarquable au milieu de la foule. Quand bien même aurait il été distingué parmi les badauds, il aurait été difficile de voir quelque chose de plus extraordinaire qu’un jeune humain, la vingtaine tout juste passée, un visage fin et avenant au cheveux noirs mi-longs. De plus près on pouvait remarquer que ses yeux, d’un marron tout ce qu’il y’a de plus banal, ne cessaient de se fixer à droite ou à gauche sur telle ou telle chose qui retenait son attention. Son regard était inquisiteur et cherchait sûrement à évaluer ce qui dans son environnement pouvait lui être profitable ou au contraire ce qui pouvait lui attirer des ennuis. Le jeune homme était de plus habillé très simplement, sans fioritures ; des chaussures de ville un pantalon bleus gris et une chemise noire.

Il s’arrêta à un carrefour où se croisaient toutes sortes de véhicules à répulsions et d’autres plus archaïques. Il consulta le plan qu’il avait prit au spatioport et choisit de suivre une rue plus étroite. Il déboucha sur une petite place rectangulaire et s’engouffra dans un bar à l’enseigne criarde, le Mynock Heureux [3].

Il pénétra dans l’établissement qui remplissait honorablement la fonction de bouge local. Le lieu était mal éclairé, ce qui est le strict minimum pour que le client moyen puisse y régler des affaires malhonnêtes dans de bonnes conditions. Il était de plus bien enfumé ce qui contribuait à l’obscurité ambiante. La clientèle était plutôt variée ; on pouvait trouver ici des joueurs professionnels en quête de bonnes affaires, là des contrebandiers en quête de bonnes affaires, là encore des chasseurs de primes en quête de bonnes affaires et un peu partout, toutes sortes de malandrins en quête de bonnes affaires. Les tables étaient rangées en cercle autour d’une scène ou un groupe de musiciens jouaient un air étrangement pas trop désagréable pour un établissement de cette catégorie mais que le brouhaha ambiant masquait presque totalement. Au fond de la salle le barman était assiégé par un fort parti de piliers de bar qui mettaient un point d’honneur à assécher le plus rapidement possible le débit de boisson. Nevan traversa la salle et joua des coudes entre les compétiteurs pour atteindre le comptoir.

“Une bière Lomin s’il vous plait”, demanda t’il à l’adresse du tenancier.

L’homme hocha la tête et lui servit son verre, empochant avec une célérité dont on ne l’aurait pas soupçonné la pièce que Nevan avait glissé sur le comptoir.

“Excusez moi, ne seriez vous pas Monsieur Vindt ?”

“Ouais, qu’est ce qu’y veux ?”

“Veuillez me pardonner je ne me suis pas présenté, je suis monsieur « Soukauline ».”

L’homme eut un soudain regain d’intérêt pour le petit con qui lui parlait. Il réfléchit l’espace de quelques secondes.

“Soukauline… Ah oui j’y suis. Vous êtes l’ami de Tren ?”

“C’est cela même.”

“Très bien je vais pouvoir le prévenir que vous êtes arrivé. En attendant je vais vous conduire à la chambre qu’il m’a dit de vous garder, vous pourrez y déposer vos bagages.”

“Je vous remercie.”

L’homme quitta le comptoir, le confiant à un employé et Nevan le suivit vers une petite pièce qui devait faire office d’accueil pour les quelques chambres qu’il louait à l’étage. Il prit une carte magnétique sur un meuble et le guida à travers un escalier et un petit couloir tortueux. Il s’arrêta devant une porte et fit passer la carte dans le mécanisme de la serrure. Un cliquetis se fit entendre et une diode verte s’alluma, Vindt ouvrit la porte puis tendit la carte au jeune homme.

“Voilà, je vous laisse vous installer, si vous avez besoin de moi je suis en salle.”

“Je n’y manquerais pas.”

Nevan entra dans la chambre et posa son sac sur le lit, il l’ouvrit et sortit un petite trousse rectangulaire, longue comme une fois et demie une main d’homme, un tiers moins large et de cinq centimètres d’épaisseur environ. A coté de celle ci, il déposa un petit blaster de fabrication impériale, dont le canon était orné d’un dispositif cylindrique aussi court que l’arme l’était, une vibro-lame de la longueur d’une épée courte et une dague effilée. Il ramassa le blaster qu’il rangea dans un holster prit dans le sac et qu’il fixa à sa hanche droite. Il prit la trousse, qui vint se ranger à l’autre flanc, dissimula la dague sous ses vêtements et remit la vibro-lame dans son sac, pas assez discrète pour être portée en public. Il n’oublia pas son portefeuille qu’il glissa dans une poche intérieure. Il ferma son sac et sortit de sa chambre pour retourner à la salle commune.

Nevan passa un peu plus de deux heures parmi les clients du Mynock Heureux, buvant quelques verres et jouant de petites sommes au sabbac. Ce qu’il gagnait il le rejouait avec précaution. Ce qu’il perdait, il le récupérait d’une façon que la morale réprouve. Il était installé seul à une table sirotant une boisson lorsque l’homme qu’il attendait entra enfin dans le bar et s’adressa à Vindt qui le désigna du doigt. Il était habillé d’un costume sombre et élégant qui le faisait ressembler à un businessman. Nevan leva son verre à l’individu qui n’était pas seul ; il était suivi quelques pas derrière par Hoys Trema, le Nautolan qui l’avait transporté jusqu’à cette planète. Le jeune homme fronça les sourcils se demandant ce que le colosse faisait en compagnie de son contact. Celui ci fut enfin assez proche pour que Nevan puisse distinguer ses traits dans l’obscurité.

Son sourire, sa barbe fournie et son épaisse masse de cheveux gris...
Son sourire, sa barbe fournie et son épaisse masse de cheveux gris...

Le personnage aurait pu poser sur la couverture d’un manuel intitulé « Comment bien vieillir ». Bien qu’il fût doté d’un léger surpoids, il semblait encore doté d’une forme physique exemplaire pour un homme frôlant les soixante ans. Son visage était marqué par les années mais le regard de l’homme brillait d’une sagesse acquise au cours d’aventures fort peu glorieuses. Son sourire, sa barbe fournie et son épaisse masse de cheveux gris ajoutait au tableau une image de gentil grand-père emmenant son petit fils à la kermesse du village. Sauf que le petit fils en question n’était visiblement pas de la même espèce que lui et dépassait d’une bonne tête son « papy ». Les deux hommes prirent deux chaises et s’installèrent face à Nevan qui fit un signe de tête pour saluer Hoys.

“Bonjour Nevan”, déclara le vieil homme en lui tendant la main, “ça me fait vraiment plaisirs de te revoir après tout ce temps. La dernière fois que je t’ai vu tu devais avoir quatorze ou quinze ans.”

“Bonjour Mr Lionhêl, lui répondit-il avec le même sourire, se pressant de lui serrer la main. Mes parents m’ont chargé de vous adresser le bonjour.”

“Tu m’appelle Tren et tu me dis « tu » ! Ah, avant que j’oublie, je te présente monsieur… ” “On se connait déjà, l’interrompit Hoys. C’est moi qui ai trimballé Monsieur Arlls jusqu’ici.”

Nevan hocha la tête pour confirmer les propos du pilote.

“Bien, bien, décidément la Galaxie est petite... Tu sais toi et tes parents vous faites partie de la famille, reprit-il après quelques secondes en appuyant ses propos de nombreuses gesticulations. Ce qu’on a pu barouder avec ton père ! A l’époque on était deux petits escrocs qui rêvaient d’aventure, de gloire et de toutes ces conneries auxquelles on court après étant jeunes. Ca n’a pas tardé à nous passer quand on a enfin été capable d’admettre que ce qu’on cherchait si ardemment c’était du fric et rien d’autre,” conclut-il en riant.

“Mon père m’a raconté pas mal d’histoires sur votre coopération avec lui."

Nevan avait bien du mal à tutoyer cet homme pour lequel il avait un si profond respect.

“Ah, mais sache que c’était plus qu’une coopération. Malig et moi on formait une véritable équipe. On se complétait. Tu connais les qualifications de ton père puisque tu as suivis sa trace. Cet enfoiré était l’un des voleurs les plus talentueux que j’ai connu. Oh, nul doute que d’autres étaient de bien meilleurs filous mais il était vraiment bon. Il cherchait toujours à résoudre les galères dans lesquelles on se fourrait par la discrétion, la ruse et tous les coups bas dont il était capable. Moi, j’avais plutôt tendance à foncer tête baissée, un flingue dans chaque main. C’est lui qui t’a appris le métier ?”

“Non, il a toujours été à moitié réticent à ce que je suive ses traces, bien qu’au fond il était plutôt fier. Dès que j’ai été en âge j’ai suivi l’apprentissage de la Guilde locale. Je ne dis pas qu’il ne m’a pas prodigué quelques conseils et enseigné quelques astuces mais il était bien trop occupé à gérer le caractère de maman.”

“Cette sacrée Crila… Qu’est ce qu’ils bricolent en ce moment ? Et ta grande sœur, qu’est ce qu’elle est devenue ?”

“Pour ce qu’il est de Chloé, elle a passé ses concours et est devenue avocate. Elle est ce qui se rapproche le plus d’une personne honnête dans la famille. Toujours célibataire je crois, elle a du larguer son dernier jules au bout de trois mois de liaison.”

Tren ricana au souvenir de la sœur aînée de Nevan, une fille au caractère bien trempé hérité de sa mère.

“Quant à maman, elle est très proche de la famille du Régent de Tanaab, notre planète natale. C’est une famille de nobles qui représente un pouvoir symbolique sur notre monde puisque la planète fait partie de la Nouvelle République et que donc, ses dirigeants sont élus. Ils ont une modeste influence sur la politique de Tanaab et sont constamment entourées de ducs, de barons, de comtes mais aussi de personnalités politiques et des affaires. Grâce à ses relations, elle à accès à cette « cours royale » ou elle y fait des rencontres.”

“Je crois que je vois où tu veux en venir”, dit Tren amusé.

“Au cours des mondanités il lui arrive d’attirer l’attention d’un de ses piques assiettes sur telle ou telle affaire immobilière juteuse ou placement financier prometteur. C’est là que mon père entre en scène. Ensemble ils montent une petite escroquerie. Rien de méchant, ils veillent à ce que ca n’attire ni l’attention du pigeon ni celle des autorités mais ca rapporte suffisamment pour vivre confortablement. ” “C’est tout eux ca. Comme quoi on ne se refait pas, même si comparativement au passé, on peut dire qu’ils se sont bel et bien rangés. Moi aussi j’ai arrêté les conneries et je me suis installé dans ce trou pour y monter une affaire juteuse, aussi peu morale que celles de tes parents mais qui a le mérite d’être légale. D’ailleurs, venez, je vous emmène dans mon établissement. Nous y serons mieux pour discuter de notre affaire avec monsieur Trema, qui doit commencer à s’ennuyer de ce déballage de souvenirs familiaux.”

Les trois hommes sortirent du Mynock Heureux et marchèrent quelques pas avant de s’arrêter devant un landspeeder garé le long du trottoir. Le véhicule était massif, destiné à transporter une grande quantité de matériel. Il semblait plus avoir été prévu pour battre la campagne que pour circuler en ville. Tren les invita à monter, prit le volant et démarra. Après quelques minutes ils s’arrêtèrent sur un parking et descendirent du speeder. Tren se dirigea vers un bâtiment de forme rectangulaire et de construction récente. Ils le contournèrent et purent voir que l’édifice était un local commercial ; il y’avait à coté de la porte d’entrée un rideau métallique qui devait masquer une grande vitrine. Au dessus, se dressait une enseigne où Nevan put y lire :

Le Crédit Lionhêl

Demandez plus à votre argent

“Vous avez monté une banque ? demanda t’il impressionné.”

“Et oui mon garçon, Dathomir n’ayant jamais été très… civilisée, tu te doutes bien qu’il n’y a aucune banque locale. Bien sur, aucune des grandes firmes galactique n’a encore eu l’idée de s’implanter ici. Mais entrons, nous y serons plus à l’aise.”

Tren ouvrit la porte et entra dans son établissement, Hoys et Nevan lui emboîtèrent le pas. A l’intérieur c’était… euh… comme vous pouvez vous imaginer une banque ; quelques guichets, des fauteuils, des plantes vertes partout, et encore plus de publicités vantant les mérites de placements financiers performants-mais-sécurisés, des packs « crédit + assurance, la sérénité garantie » ou encore des prêts à 50 ans, « Propriétaire ? C’est possible ! ». Ils pénétrèrent dans un bureau qui devait être celui de Tren, intuition confirmée quand celui ci s’effondra sur un fauteuil noir trônant derrière un bureau très encombré. Leur hôte les invita à s’asseoir ce qu’ils firent pendant qu’il fouillait dans un bar à la recherche d’une bouteille au contenu inconnu de Nevan.

“Je dois avouer que je suis étonné que vous ayez pu ouvrir une banque, même dans une si petite ville. Sauf votre respect, je ne vous imaginait pas capable de devenir banquier.”

“Je comprends que ca t’interpelle, mais contrairement à une idée répandue et parfaitement compréhensible, à l’origine, être banquier est accessible à n’importe quel idiot qui possède un coffre fort. Ce n’est qu’au fil du temps avec l’élargissement de l’activité et des besoins des pigeo… clients, que la profession s’est passablement compliquée. Mon activité est récente, une huitaine d’année, et je n’ai ni la capacité ni l’envie d’offrir autant de services que pourrait le faire n’importe quel guichet d’une firme interplanétaire. Toutefois, je pense qu’une des qualités communes à tous les banquiers, qu’ils aient appris sur le tas comme moi ou soient passés par de brillantes études, est un goût prononcé à entuber son prochain. Et le tout parfaitement légalement par dessus le marché puisque le système bancaire est absolument vitale pour notre modèle économique.”

“J’y songerais quand viendra l’heure de la retraite.”

“Ne te prives surtout pas, un banquier ca gagne sa croûte. Comme je ne suis pas marié et que je n’ai personne à entretenir, je me suis même offert dernièrement un petit plaisir en permettant à une petite association sportive locale de se développer. Ce club de Shockball est devenu professionnel et nul doute qu’il défendra fièrement les couleurs de Dathomir au sein de la Galactic Champion’s League. Pour saluer l’aide que je leur ai apporté ils ont rebaptisé leur club l’Olympique Lionhêl, sympa non ?”

“Oui plutôt.”

“S’il vous plait m’sieurs-dames, interrompit Hoys qui commençait à perdre patience, c’est sûrement passionnant mais on pourrait pas passer vite fait à notre affaire ?”

Tren et Nevan se raclèrent la gorge d’un air gêné. C’est là un cruel défaut de la race humaine que de pouvoir passer du coq à l’âne dans une conversation normale, aussi aisément qu’un zappeur averti passe d’une chaîne à l’autre.

“Vous avez raison”. Il s’interrompit un instant avant de reprendre. “Si je t’ai fait venir Nevan c’est que j’ai besoin de quelqu’un qui sache ouvrir les portes. Quand à vous Hoys – Je peux vous appeler Hoys ? – vous remplacez un type qui a annulé au dernier moment sa participation à notre expédition.”

“Quelle expédition ?” demanda Nevan.

“Et bien voilà, il y’a quelques semaines, je me baladais en ville. Je suis passé par un quartier assez mal famé de la ville et j’ai été le témoin d’une bagarre. Trois loubards étaient en train de tabasser un pauvre type à l’allure de brave roturier. D’habitude, dans ce genre de situation, je passe mon chemin, mais peut être que l’âge nous change tous un peu. Je n’ai pas voulu le savoir crevé par terre sous les coups de ces minables. Je me suis approché des trois types en leur ordonnant de dégager. Ils m’ont bien évidemment ri au nez jusqu’à ce qu’ils se mettent à fouiller le caniveau à la recherche de leurs dents. Le type m’a remercié et je l’ai emmené dans un restocaf. Le type s’appelait Fenrilh et il m’a raconté qu’il y’a plus de dix-huit ans, il était un prisonnier politique dans la prison de Zsinj.”

“La prison n’était plus vraiment à Zsinj, il parait que les Sœurs de la Nuit en avaient pris le contrôle.”

“C’est exact, mais c’était bien Zsinj qui l’avait mis en cage à la base. Bref, il m’a raconté rapidement comment s’était passé sa détention jusqu’à sa libération par la Nouvelle République. Il m’a alors confié qu’au moment du départ, il a remarqué une chose étrange qu’il croit être le seul à avoir noté. Une porte qu’il avait toujours vue étroitement gardée durant sa détention avait été arrachée et il croit avoir vu derrière, une salle assez grande remplie de conteneurs. Il n’était sur de rien car la pièce n’était pas éclairée mais il pense avoir reconnu des caisses d’armes. Après ca, le gars n’a jamais quitté Dathomir. Il a été temporairement accueilli par un clan de sorcières puis est un des premiers nouveaux habitants quand la Nouvelle République a construit AllyaPort. Depuis, il dit être retourné une fois sur les lieux pour vérifier mais n’a pas pu aller bien loin.”

“Je croyais que la prison avait été rasée.”

“Pas tout à fait. Les bâtiments ont reçus c’est clair, mais hormis une aile ou deux, il tient debout. De toute façon une bonne partie du complexe est souterrain et si cet entrepôt existe encore, on devrait pouvoir y accéder. J’y suis allé aussi pour voir ce que je pourrais faire mais je n’ai pas pu en tirer grand chose de plus. Les accès qui restent ont été refermés. Je t’ai fait venir pour nous régler ce problème. Malgré le temps qui a passé, le bâtiment est encore alimenté par une source d’énergie ce qui n’a rien d’étonnant pour un bâtiment militaire impérial. Avec ca, on a encore une chance d’ouvrir les portes sans avoir à tout faire sauter mais certains systèmes de sécurité pourrait aussi être encore en fonction.”

“Et moi ?” demanda Hoys.

“ En fait vous remplacez au pieds levé un type qui s’est désisté au dernier moment. Je préfère trouver un troisième larron un peu costaud avant de me lancer dans une telle entreprise. Le fait que ce soit vous qui ayez emmené Nevan sur la planète est un hasard. Je l’ai rencontré il y’a un peu plus d’une heure dans une taverne du spatioport ajouta t’il à l’adresse de Nevan. Il me fallait un remplaçant en urgence et ce genre de bars est l’endroit idéal. Quoiqu’il en soit, avec la guerre qui vient de commencer, une cache d’armes représente un joli pactole sur le marché noir. Pas de soucis, on partage le butin en trois même si je suis l’initiateur de la mission, j’ai pas envie de chipoter.”

“A condition, que la cache d’armes y soit réellement. Tout ce qu’on a, c’est le témoignage d’un pauvre gars qui dit avoir vu quelque chose à une époque où il désespérait de sortir de sa cellule. Et même si cet entrepôt existait, il a peut être été pillé depuis des années.”

“C’est possible mais je ne vais pas t’apprendre qu’on a rien sans rien. On fera peut être tout ca pour pas un rond mais si j’ai raison, on pourrait s’en foutre plein les poches. Si il n’y a effectivement rien à en tirer, j’ai prévu une petite compensation pour vous deux pour le dérangement.”

“Ca me va”, déclara le Nautolan, “j’en suis.”

“C’est ce que j’espérais. Et toi Nevan ? Par souci de sécurité, je ne t’ai quasiment rien dit quand je t’ai contacté sur Coruscant. Maintenant que tu en sais plus, qu’est ce que tu en dis ?”

Nevan s’adossa à son siège et réfléchit un instant.

“Ca peut valoir le coup. Et maintenant que je suis là, autant y aller… Comptez sur moi.”

“ Parfait ! Nous partirons demain matin. Nous devrons faire plus de trois cent kilomètres en landspeeder pour nous rendre sur place. Ca nous prendra une bonne partie de la journée, Dathomir est loin d’être facilement praticable.”

“On pourrait pas y aller avec ma navette ?”

“Pas assez discret”, répondit Nevan, “aussi bien au départ du spatioport qu’une fois sur place. Le landspeeder est la meilleure option.”

“Bien, maintenant que tout est dit, trinquons. Ce soir je vous emmène au restaurant puis rendez-vous ici demain matin à la première heure. Santé !”

Disant cela, Tren, remplit trois verres de la mystérieuse boisson qu’il tendit ensuite à ses nouveaux associés.

La petite créature à la peau verte et aux longues oreilles pointues qui se tenait en face de lui regarda Nevan fixement. Elle ne devait pas faire plus d’un mètre de haut, était habillée de loques et tenait dans sa main crochue une petite canne de bois. Autour d’eux, tout était étroit. Ils étaient dans une sorte de hutte en terre, bâtie à l’échelle de la créature. L’air était brumeux et humide. Derrière cette espèce de muppet show, un feu crépitait et une gamelle ou mijotait une mixture à l’odeur étrange était suspendu au dessus. Nevan jeta un coup d’œil par la petite lucarne ronde et découvrit un environnement marécageux au milieu d’une jungle épaisse.

“De la Force, tu dois te servir !”

La voix du petit être était rauque mais pleine de confiance. Sa main droite plongea dans sa tunique et en sortit un bocal ou nageaient des haricots, des bouts de lard et des saucisses qu’il tendit dans sa direction.

“De la force tu dois te servir pour ouvrir cette boite de conserve. Robuste je suis grâce à la Force, mais pas à ce point là. Cette épreuve, tu dois l’accomplir… ” Nevan tendit le bras et empoigna le bocal récalcitrant. Un son de porte dans le couloir acheva de le réveiller et Nevan ouvrit les yeux sur la chambre d’hôtel qu’il occupait au Mynock Heureux. La tête dans le seau, Nevan couvrit ses yeux de son bras pour se protéger de la lumière qui filtrait à travers les volets et qui l’agressaient violement.

“Je fais de ces rêves à la con en ce moment”, murmura t’il pour lui même.

Un quart d’heure plus tard, il dut se résigner à rouvrir de nouveau les yeux et à quitter la chaleur du lit. Les synapses de son cerveau se reconnectèrent les uns aux autres, et Nevan fut de nouveau dotée de la capacité d’analyser son environnement et à en tirer les conclusions nécessaires. Son esprit revint sur le rayon de lumière qui éclairait les draps du lit et en conclut que le soleil était levé depuis un certain temps. Un coup d’œil au chronomètre placé sur la table de nuit confirma cette hypothèse.

“Merde, j’suis à la bourre !”

Il sauta du lit et quitta en toute hâte les sous-vêtements qu’il portait. En un instant il passa de l’état de misérable larve, dépourvue du plus petit réflexe à celui bien connue des habitués des pannes d’oreiller, qui réalisent qu’ils doivent se laver et se préparer en un temps record. Bien que déplaisant, l’exercice était loin d’être nouveau pour Nevan et il avait acquis au cours de ces nombreuses occasions, toutes les astuces lui permettant de gagner quelques secondes. Son expérience en la matière ne l’empêcha pas de se cogner le petit orteil contre le pas de la porte de la salle de bain. Porte qu’il insulta copieusement avec beaucoup d’imagination tout en tenant d’une main son pied douloureux... Bref, quelques minutes après avoir quitté son lit, il sortit de la taverne, habillé et avec son sac en bandoulière. Il pressa le pas dans la rue et se rendit en toute hâte au point de rendez-vous que Tren avait fixé la veille. Il arriva enfin en vue du Crédit Lionhêl et vit que le landspeeder du vieil homme était garé devant. Le coffre était ouvert et Hoys y chargeait des caisses en plastique. Nevan arriva à sa hauteur, un peu essoufflé et s’excusa de son retard.

“Désolé, retard, foutu réveil, pas ma faute.”

Amusé, le Nautolan sourit de toutes ses dents en finissant de déposer son chargement dans le véhicule.

“Salut Nevan, t’es en retard, y’a pas photo. Moi je m’en fous mais Tren a les nerfs. On aurait du partir depuis une bonne heure.”

“Salut Hoys…”

Il regarda dans la caisse que son compagnon venait de déposer et constata qu’elle était remplie de nourriture et de gourdes d’eau. Dans deux caisses voisines il devina quelques armes, des outils, du matériel de randonnée et de survie. Tren avait visiblement pensé à tout.

“Dis donc fiston, c’est à cette heure ci que tu te pointes ? On avait pas dit rendez-vous à l’aube ?”

Confus, Nevan se tourna vers Tren qui se tenait maintenant face à lui, les bras croisés et visiblement mécontent.

“Je suis désolé Tren, excusez moi mais j’ai eu un… petit souci avec mon réveil et…”

“Te fatigues pas, j’ai compris. Bon, c’est pas si grave, ca nous retardera un peu c’est tout. Tu es bien le fils de ton père toi, j’avais toujours un mal de chien à le sortir du plumard celui la. Allez assez perdu de temps. Hoys, tout est chargé ?”

“C’est fait !”

“Alors on y va, embarquez.”

Les trois hommes montèrent dans le véhicule. Tren prit le volant et démarra. Il conduisit le landspeeder dans les rues jusqu’à ce qu’ils sortent de la ville. La route bien tracée devint rapidement un chemin de terre et de poussière qui s’était créé avec la pression des répulseurs de tous les véhicules qui étaient passés par là. Tout en conduisant, Tren appuya sur un bouton du tableau de bord et une carte holographique de la région apparut sous leurs yeux, un point bleu clignotant à proximité de l’agglomération d’AllyaPort.

“Bien, nous sommes ici et nous voulons aller… là.”

Il pointa son doigt sur une vallée entourée de montagnes ou un point vert figurait, accompagné de l’annotation « prison ». Nevan regarda la distance entre le point ou ils étaient et leur objectif. Il étudia brièvement la géographie des lieux et ne pu que confirmer le temps de voyage qu’avait estimé Tren. Il leur faudrait bien la journée.

“On risque de rencontrer des problèmes pendant le voyage ?” demanda Hoys.

“En théorie non. La dernière fois que j’y suis allé, je n’ai pas eu de soucis. Mais c’est assez proche d’une région contrôlée par les Sorcières du Clan de la Montagne qui Chante. Elles ne sont plus très agressives avec les étrangers depuis qu’AllyaPort s’est construite. Tout juste un peu taquines. Elles se sont habitués à ce que des colons habitent leur planète et elles tolèrent leurs allées et venues en dehors de leur territoire. Tant que nous n’y entrerons pas, tout devrait bien se passer, mais restons sur nos gardes.”

Nevan grimaça, inquiet de la proximité du territoire des Sorcières. Il s’enfonça dans son siège et regarda le paysage par la vitre. « Blourg » fit son estomac assez bruyamment. Tren pouffa et Hoys laissa échapper un éclat de rire.

“Pioches donc dans la caisse de bouffe et fais toi un petit-déj’, lui conseilla Tren. C’est fait pour ça.”

La nuit tombait quand ils arrivèrent à proximité de la prison abandonnée. Pendant que Tren cherchait un endroit ou arrêter le speeder, Hoys et Nevan se préparaient. Le jeune humain avait revêtu sa tenue de « travail », fonctionnelle et entièrement noire, surmontée d’un manteau à capuche, noir également. Il avait dissimulé ses armes et son équipement sous ses vêtements, comme à son habitude. De son coté, Hoys avait conservé sa combinaison de vol sur laquelle il avait adaptée un harnais en cuir destiné à y accrocher des armes. Il piocha dans la caisse d’armes fournie par Tren et choisit un fusil blaster modèle E-11, l’arme standard qu’utilisaient autrefois les stormtroopers de l’Empire, ainsi qu’un chapelet de grenades à fragmentations. Cet arsenal venait compléter son arme personnelle, un blaster DL-44, ancien mais performant. Il fixa à son poignet droit un long bracelet de métal sur lequel était il y’avait un dispositif étrange, inconnu de Nevan. Il crut reconnaître sur le dessus de l’objet, la sortie d’un projecteur holographique.

“A quoi ca sert le bidule que tu fixes à ton bras ?” demanda-t-il.

Au lieu de répondre, Hoys appuya sur une commande et le projecteur holographique s’alluma. A la grande surprise de Tren, Vicky apparut, suspendue à quelques centimètres du bras du Nautolan.

“ C’est quoi ca ?” demanda Tren.

“ Vicky, mon I.A. D’habitude elle m’assiste au pilotage mais elle peut faire plein d’autres trucs. J’ai pensé qu’elle pourrait servir.”

“C’est déjà incroyable que tu ai pensé”, rétorqua l’intéressée. “Pff…Bonjour Nevan, comment allez-vous aujourd’hui ? J’espère que tout va bien car il faut de la volonté pour supporter la compagnie ce gros boulet. Comme vous avez du courage ! Décidément vous êtes si surprenant…” Nevan soupira, agacée par les minauderies de Vicky à son égard. La twi’ lek numérique se cambrait beaucoup, mettant en avant, ses virtuels atouts. Elle remarqua alors la présence de Tren et Nevan crut qu’elle allait reporter toute son attention sur le vieil homme.

“Oh Bonjour monsieur. Mon maître m’a présenté mais n’a même pas pris la peine de me donner votre nom.”

“Euh… Tren.”

“Enchanté Tren… Nevan, savez-vous que depuis que je suis à son service, vous êtes le premier être vivant organique que je rencontre qui me donne l’impression de converser avec quelqu’un de civilisé. Vous imaginez le calvaire que j’endure depuis tout ce temps…”

La twi’lek numérique se cambrait beaucoup, mettant en avant, ses virtuels atouts...
La twi’lek numérique se cambrait beaucoup, mettant en avant, ses virtuels atouts...

Découragé, Nevan fustigea intérieurement Hoys d’avoir emmené Vicky avec eux. Tren ne faisait rien pour le soutenir, souriant de toutes ses dents. Ce fut finalement le colosse qui lui porta secours en coupant l’hologramme, interrompant brutalement Vicky dans sa tentative de séduction. Nevan soupira de soulagement puis grimaça en pensant au souk qu’elle ne manquerait pas de faire quand Hoys la rallumerait.

“Sans commentaires Tren. S’il vous plait.”

“Mais je n’ai rien dit.”

“Non, mais vous l’avez pensé très fort.”

Une minute plus tard, le véhicule s’arrêta au sommet d’une colline. Les trois hommes en descendirent et Tren sortit une paire de macro-jumelles. Il regarda au travers en direction de la vallée qui s’étendait sous leurs yeux. Il trouva rapidement la prison et tendit les jumelles à Nevan lui désignant une direction ou regarder. La prison était bien là, cernée par les montagnes, elle trônait au fond d’une petite vallée rocailleuse. L’édifice était de forme hexagonale avec une tour à chaque sommet. L’une d’entre elle s’était effondrée et les ailes attenantes avait été salement touchées, mais le reste du bâtiment tenait debout, seuls quelques impacts d’armes à gros calibres avait percé les murs par endroits. Entre eux et le fond de la cuvette, il devait y en avoir pour deux heures de marche. Il ne repéra aucun signe d’activité récente mais à cette distance c’était difficile à évaluer. Il fit passer les jumelles à Hoys qui jeta un œil à son tour.

“Je pense qu’on peut s’arrêter là. Nous finirons à pieds, ca sera plus discret, déclara t’il à ses compagnons.”

“Pourquoi discret ? Je vois personne.”

“Ce n’est pas parce qu’on ne voit personne, qu’il n’y a effectivement personne.”

“Exact”, approuva Tren. “Je pense qu’on peut camper ici pour cette nuit. On ne fera rien de bon dans l’obscurité.”

Ils finissaient de monter le camp quand Nevan crut percevoir un ronflement sourd, quelque part dans les arbres qui les entouraient. Il interpella ses compagnons, leur signalant qu’il avait entendu quelque chose. Tren et Hoys s’immobilisèrent pour écouter à leur tour. Après plus d’une minute d’écoute infructueuse, Nevan abandonna et dut reconnaître qu’il s’était sûrement trompé. Soulagés, ils reprirent leur tâche quand un monstrueux craquement de bois se fit entendre, à moins de quinze mètres d’eux. Hoys pointa une lampe torche dans la direction supposée et le regretta immédiatement. Face à eux, une monstrueuse créature émergeait d’entre les arbres, écrasant la végétation sous son poids. Elle était hideuse au possible ; une grande tête difforme avec une gueule immense et garnie de crocs aussi grands que des avant-bras, de petits yeux plissés qui évoquaient le regard d’un enfant somalien découvrant un double kebab sauce blanche accompagné d’une grande barquette de frites-mayo.

une silhouette perchée sur les épaules du rancor...
une silhouette perchée sur les épaules du rancor...

Son corps massif s’ornait de deux grands bras musculeux aux bout desquels il y’avaient des mains à quatre doigts, chacun équipé d’une griffe gigantesque. La créature avait une démarche lourde et maladroite. Nevan et ses compagnons reconnurent sans nul doute un rancor, une bête qu’ils savaient dotées d’un instinct combatif exceptionnel. Aussi effrayant que pouvait l’être cette nocturne apparition, nos trois larrons, furent subjugués par la présence d’une silhouette perchées sur les épaules du rancor. Une jeune femme était assise sur une sorte de selle, tenant dans sa main droite un long bâton, dans l’autre les rennes de la créature, et les fixaient avec intensité.

La fille donna un ordre à la créature dans une langue que les trois hommes ne reconnurent pas. La bête et son étrange cavalière s’avancèrent vers le Nautolan qui avais saisi son fusil blaster et le levait déjà pour le pointer sur le monstre. Tren et Nevan dégainèrent également leurs pistolets mais ne purent en faire plus. Les armes des aventuriers furent arrachées de leurs mains par une puissance invisible et projetées au loin. Tandis que Tren reculait en direction du landspeeder, Hoys ouvrit le feu. Son premier tir se perdit dans la végétation mais les deux suivant filèrent vers la gueule béante du rancor. Il fut stupéfait de voir les deux rayons changer leurs trajectoires pour aller s’écraser contre un tronc d’arbre.

De son coté, Nevan plongea derrière un buisson, désirant se faire oublier un instant, le temps de contourner leur adversaire. Son plan sembla fonctionner puisque le monstre continuait d’avancer vers ses deux amis. Il profita de ce répit pour se réarmer. Sa vibro-lame dans la main gauche et sa dague dans l’autre, il entreprit de ramper derrière le monstre. La cavalière tendit le bâton vers Hoys en prononçant des mots étranges et son fusil lui fut arraché des mains. Il mobilisa toute sa force musculaire [4] pour retenir l’arme et fut projeté en avant. Dans un réflexe surprenant et constatant que sa trajectoire l’amenait en plein dans la gueule de la créature il lâcha la crosse du blaster et s’écrasa à quelques centimètres de ses pattes. Le rancor saisit le Nautolan et la projeta en direction de Tren. La fille récita encore quelques paroles et une branche d’arbre brisée s’envola pour frapper le vieil homme à la tête. Il s’effondra inconscient, aux cotés d’Hoys qui ne bougeait plus. C’est à ce moment là que Nevan passa à l’action. Il avait réussi à se glisser silencieusement dans le dos de la bête et se relevait pour frapper un point faible. Sans qu’il puisse comprendre comment, le voleur vit soudain la fille détourner son regard des deux hommes à terre pour le pointer vers lui. Aussitôt il se sentit s’élever dans les airs, suspendu par un fil invisible. Alors qu’il luttait vainement pour se sortir de ce piège, il ne vit pas une pierre décoller du sol pour venir lui frapper la tempe, le plongeant à son tour dans les ténèbres.

Le premier à se réveiller fut Hoys, qui du fait de sa constitution, était le plus solide du groupe. Il fut suivit de peu par Tren qui visiblement, en avait vu d’autre. Ils étaient dans une grotte et à vingt mètres d’eux, la lumière du matin inondait l’entrée de la caverne. Les trois aventuriers étaient assis contre la roche, leur bras ligotés dans le dos. Leurs chevilles étaient également attachées, leur ôtant tout espoir de fuite. Nulle trace de la jeune fille et de son étrange monture qui ensemble, leur avait mis la raclée du siècle. En revanche, leur landspeeder avait été transporté jusqu’en ce lieu. Les portes étaient ouvertes une partie de leurs matériel gisait par terre. Le désordre signifiait qu’elles avaient été fouillées. Ils essayaient, en vain, de se libérer quand Nevan reprit enfin conscience.

“Fgvgfnbmalaucrâne”, réussit-il à prononcer en faisant pivoter sa tête de droite à gauche pour reprendre ses esprits.

“Hé fiston, réveille toi !” Tonitrua Tren. L’écho de son cri acheva de sortir le jeune voleur de son état comateux.

“Ouais, pas la peine de gueuler”, grogna t’il. “Il ouvrit totalement les yeux et parcourut la grotte du regard. Ou est-ce qu’on est ?”

“‘Sais pas”, répondit Hoys. “Me suis réveillé le premier et y’avais personne.”

Comme pour contredire le Nautolan, un bruit de pas lourd résonna à l’extérieur de l’abri minéral et deux silhouettes familières se découpèrent dans la lumière. La jeune fille entra dans la grotte suivit du rancor. Les trois compagnons purent observer celle qui avait triomphé d’eux aussi facilement. Plutôt petite, elle n’arborait pas l’armure de bataille traditionnelle des sorcières de Dathomir faite de peau de reptile, mais était habillée d’une simple robe blanche et ocre, salie par la poussière et les intempéries. Elle tenait le bâton qu’elle brandissait la veille lors du combat et virent qu’il était orné de gravures, des symboles dont le sens échappait aux captifs. Son visage était couvert par la capuche d’une cape brune qui lui couvrait le dos.

Une longue chevelure rousse ondulée encadrait son visage et lui tombait derrière les épaules...
Une longue chevelure rousse ondulée encadrait son visage et lui tombait derrière les épaules...

Elle s’arrêta et observa ses prisonniers une longue minute. Aucun d’eux n’osa émettre le moindre son ou le moindre mouvement pendant qu’elle les dévisageait. Le rancor vint se ranger à ses cotés et la jeune inconnue baissa sa capuche pour parler à sa monture qui s’était penchée. Une longue chevelure rousse ondulée encadrait son visage et lui tombait derrière les épaules. Ses traits étaient plutôt agréables pour quelqu’un de pas trop difficile. Elle aurait même pu paraître très attirante si son regard, pourtant avantagé par de beaux yeux bleus ciel, n’irradiait pas autant la colère. Quand elle eut finit de parler à voix basse au monstre, celui si se retourna et quitta la caverne d’un pas lourd. Elle s’approcha de ses prisonniers et se campa devant eux, menaçante.

“Qui êtes-vous ?” demanda-t-elle à Tren, qu’elle prenait, à juste titre, pour le chef de leur petit groupe.

“Je crains mademoiselle, qu’il n’y ai eu un terrible malentendu. Mes compagnons et moi même ne sommes que de simples citadins, désireux de profiter du grand air des montagnes. Nous avions pour projet de partir en randonnées depuis le campement que nous installions quand vous nous êtes tombé dessus.”

“C’est ca, prend moi pour une conne. Explique-moi ce que vous foutiez avec tout cet arsenal si vous vouliez simplement jouer les touristes.”

“Oh vous savez, la faune locale peut parfois se révéler très dangereuse.”

“Fous toi encore une fois de ma gueule et je t’arrache la langue, la menaça t’elle.”

Tren se le tint pour dit et ne dit plus rien, Nevan prit le relais.

“Et qui croyez vous que nous soyons ? Vous ne nous avez sûrement pas attaqué pour rien. Visiblement vous aviez de bonnes raisons de vous en prendre à des étrangers, je me trompe ?”

“Vous traîniez près de la prison.”

“Et ?”

“Ne joue pas aux cons avec moi !” cria-t-elle. “Vous êtes de nouveaux mercenaires engagés par Wyrdon. Sinon, je ne vois pas ce que vous pourriez faire, ainsi équipés, près de la prison. ” “Qui est Wyrdon ? Nous n’avons été engagé par personne et nous ne sommes ici que de notre propre initiative.”

“Pour quoi faire ?”

“Une affaire privée…”

“ …Qui concerne la prison. Il n’y a rien d’autre d’intéressant à des kilomètres à la ronde.”

Nevan garda le silence, peu désireux de dévoiler le but de leur expédition.

“ Bien, je vais devoir aller chercher les informations à la source”, dit-elle en dévisageant chacun des trois hommes. “Voyons voir, par qui vais-je commencer ? Toi qui n’a rien dit”, proposa t’elle en désignant Hoys. “Ton esprit sera peut être plus bavard que ta langue.”

Elle s’approcha du Nautolan, qui très nerveux tentait de se libérer en proférant des jurons colorés à l’encontre de la sorcière. Elle tendit sa main ouverte à quelques centimètres de son crâne et psalmodia une incantation.

“Seurrch iour Fil’hing ssone.”

Un disque de lumière bleue s’était matérialisé devant la main de la fille. Aussitôt, Hoys cessa de gigoter et se figea, ses yeux bougeant frénétiquement. Son regard plongé dans le vide la sorcière semblait très concentrée. Au bout d’une minute elle relâcha son emprise et la lumière disparut. Hoys sortit de sa torpeur, visiblement secoué par l’expérience.

“Hoys ca va ?” demanda Tren inquiet.

“Gné ?”

“Laisse tomber.”

Hoys paraissait encore plus mou d’esprit que d’habitude.

“Incroyable”, s’exclama la sorcière d’un ton méprisant. Son esprit était tellement… en désordre, que je me demande comment il fait pour mettre ses idées en place.

“Nous aussi”, confirma Nevan.

“J’en ai pas tiré grand chose, passons à toi”, déclara t’elle en s’adressant au jeune homme.

Nevan ne prit même pas la peine se débattre, conscient qu’elle était trop puissante pour qu’il espère lui échapper. La sorcière répéta l’opération et Nevan plongea dans le même état que son compagnon. Il ne pouvait plus bouger mais il sentait une présence, forte et volontaire qui tentait de forcer les portes de son cerveau. Il tenta de résister mais ne fut pas de taille. La volonté de la sorcière s’infiltra dans ses souvenirs et y cueillit toutes les informations qu’elle désirait. Il ne s’en rendit pas compte quand elle dissipa son sort et il n’entendit pas non plus Tren l’appeler. Quand il rouvrit les yeux sur le monde réel, la fille se tenait toujours devant lui, apparemment songeuse. Elle semblait éreintée, lire les pensées d’autrui devait lui coûter beaucoup d’énergie.

“Tu as dit la vérité. Vous êtes une bande de… pillards”, cracha t’elle.

“On peut dire ca comme ça”, avoua Tren.

“Vous ignorez ce qu’il se passe dans cette prison. Vous pensiez rentrer, prendre ce qui vous intéresse et en ressortir comme des fleurs ? La forteresse n’est pas aussi abandonnée qu’elle en a l’air.” Elle réfléchit un instant avant de reprendre.

“Nos objectifs ne sont pas opposés. On pourrait même s’entraider. J’aurais bien besoin d’un peu d’assistance pour péter la gueule à Wyrdon.”

“Qui est Wyrdon ?”, demanda Nevan, “C’est la deuxième fois que vous parlez de cette personne. Et en quoi votre aide nous serait utile ?”

“Wyrdon est la raison de ma présence dans les environs, expliqua t’elle. Que savez-vous des Sœurs de la Nuit ?”

Tren et Nevan frémirent à ce nom, ils savaient plus ou moins ce qu’impliquait de se frotter à une de ces femmes. Ce fut Tren qui répondit le premier.

“Jusqu’à il y’a plus de quinze ans, les Sorcières de cette planète se divisaient en deux clans ennemis. Les Sœurs de la Nuit étaient adeptes de la Force Obscure. Elles ont pris le contrôle de la garnison impériale et s’en s’ont servit pour mener leur guerre contre les autres clans. Elles ont été vaincues quand un Jedi et quelques personnalités de la Nouvelle République ont atterris ici.”

“En gros c’est ca. Nous les avons battus mais toutes ne sont pas mortes et les survivantes se cachent dans les montagnes. Il y’a quelques semaines, le conseil des aînées de mon clan a appris que l’une d’entre elle, Wyrdon, était réapparu près de la prison. Comme elle ne représentait pas une grande menace, elles ont décidé de lui foutre la paix, mais certaines de mes sœurs ont été envoyées pour la surveiller de loin. Elles nous ont appris qu’elle n’était plus seule et que des véhicules de transport venaient à la prison, chargeait des caisses d’armes puis repartaient vers la ville. De temps en temps, d’autres types venaient et restaient, se mettant à son service. Il était clair, qu’elle vendait des armes récupérées dans la prison et qu’elle se servait de l’argent récolté pour louer des mercenaires, qu’elle peut équiper gratuitement. En somme, elle se monte une petite armée.”

Nevan grimaça. Non seulement, il faudrait affronter des ennemis, dont une Sorcière Obscure, pour s’emparer du butin, mais en plus le butin en question s’en verrait réduit par l’utilisation qu’en faisait Wyrdon.

“Vous pensez qu’elle compte vous attaquer ?” demanda Tren.

“Non. Malgré les hommes qu’elle engage, ce n’est sûrement pas son objectif, le Clan de la Montagne qui Chante est trop puissant. Nous la soupçonnons de vouloir s’attaquer à la ville. Une fois qu’elle en aura pris le contrôle, elle pourra plus facilement rassembler ses sœurs et engager de nouveaux mercenaires. Alors, elle s’attaquera probablement à nous. Les aînées m’ont confié la mission d’enquêter plus profondément et de contrecarrer ses plans si possible. Votre aide me serait utile, vous pourrez prendre tout ce que vous voudrez, je m’en fiche…”

“Oh minute minute, la coupa Nevan. Vous voulez pas qu’on se frotte à une Sœur de la Nuit ? Je sais pas vous mais je tiens à la vie.” “ Son idée n’est pas si mauvaise,” déclara Tren, “je ne veux pas voir AllyaPort tomber au main d’une Sorcière Obscure. C’est là que j’habite. ” “Tu es fou ! Il est fou ! Hoys, dit lui qu’il est fou.”

“Baston” répondit le Nautolan.

“Et merdeuuu… Mais enfin, vous avez bien vu la branlée qu’elle nous a foutu, alors imagine ce que peut faire l’autre foldingue dans sa forteresse.”

“C’est là que je vous suis utile”, répondit la jeune fille.

“Ca roule”, déclara Hoys.

Nevan réfléchit, pesa le pour et le contre. Il pouvait renoncer et repartir sain et sauf mais pauvre, ou se lancer dans l’aventure et récupérer le magot, au risque de voir ses chances de survie diminuer dangereusement. D’un autre coté, avoir à leurs cotés, une sorcière d’une telle puissance pouvait équilibrer leurs chances. C’est finalement ce qui le décida, en plus de l’appât du gain.

“D’accord, j’en suis”, soupira t’il.

“Bien, je vais vous libérer maintenant.”

Nevan sortit les bras de son dos, totalement libres, et détacha les liens de ses chevilles. Pendant qu’ils parlaient, il s’était débarrassé des cordes qui entravaient ses poignets. La Sorcière le regarda éberluée et se dit qu’elle les avait sûrement sous-estimés. Elle libéra les deux autres captifs et se présenta.

“Je m’appelle Seïthra, fille de Slytha.”

“Enchanté. Je suis Tren Lionhêl, ex-aventurier à la retraite, reconvertit dans la gestion bancaire sur cette planète. Géant Vert, c’est Hoys Trema, pilote de navette et contrebandier à ses heures perdues. Le petit jeune, c’est Nevan Arlls, voleur, cambrioleur, escroc... la liste est trop longue.”

Leur association désormais scellée, les trois hommes purent récupérèrent leurs armes et leur matériel en parfait état. Tren proposa à Seïthra de s’armer elle aussi, mais elle refusa net. Le rancor refit son apparition une demi-heure plus tard, avec un animal mort entre les mains. C’était une sorte de quadrupède à fourrure au long museau et dont la tête s’ornait de deux cornes recourbées. Hoys préleva quelques morceaux du gibier et prépara un repas, qu’ils partagèrent en discutant de leur plan. Le reste de l’animal fit le bonheur du rancor. Ils conclurent qu’ils partiraient en fin d’après-midi, pour arriver à la prison de nuit. La jeune rouquine, se pencha à nouveau à l’oreille de la créature et lui ordonna de rentrer au Clan, elle lui expliqua qu’elle l’avait bien servie mais qu’elle n’avait plus besoin d’elle. Après ça, Nevan et Hoys firent la sieste tandis que Tren mettait de coté ce dont ils auraient besoin et que Seïthra montait la garde à l’entrée de la grotte.

Le quatuor quitta la grotte en fin d’après-midi, comme convenu. Ils descendirent à pied le flan de la montagne pour déboucher dans le fond de l’étroite vallée. Dès lors, ils purent avancer plus vite, moins gênés par la végétation et le relief. En tête du groupe, avançait Seïthra qui leur servait naturellement de guide. A ses cotés, Nevan pressait le pas pour tenir son allure et tentait d’engager la conversation. La sorcière n’était pas très bavarde et semblait encore méfiante vis à vis de ses nouveaux acolytes, mais elle déniait répondre aux questions du jeune homme. Il apprit que la jeune fille ne se plaisait pas plus que ca sur Dathomir et qu’elle aurait volontiers quitté sa planète natale. Bien sur, elle détestait les dernières représentantes des Sœurs de la Nuit, mais avait un avis mitigé sur les sœurs de son propre clan. Elle approuvait globalement leur approche de la Force, la magie comme elle était appelée ici, mais elle n’arrivait pas à accepter la nouvelle doctrine selon laquelle une sorcière ne devait utiliser son pouvoir que pour se défendre et pour aider les autres.

Pour Seïthra, la fin justifiait les moyens et elle ne s’encombrait pas de principes moraux qu’elle jugeait handicapant. Selon elle, cette nouvelle vision avait été apportée par les Jedi et depuis, de nombreuses choses avaient changées dans les clans. Trop jeune pour avoir bien connu l’ancienne période, ses aînées lui en avaient parlé comme d’un temps ou elles se servaient de leurs pouvoirs avec égoïsme. Ces récits l’avaient fait réfléchir et elle avait décidé qu’elle n’approuvait pas ce changement. Derrière, Tren et Hoys aussi étaient en grande conversation, mais portant sur des questions bien moins philosophiques. Ils s’attardaient volontiers sur la partie arrière de l’anatomie de Seïthra, murmurant des commentaires à base de « bien roulée » et de « joli p’tit cul ».

“Dans combien de temps arriverons-nous ?”, demanda Nevan à la jeune fille. Elle soupira, pointa son doigt vers une montagne érodée par le temps et récita d’un ton qui trahissait l’ironie :

“Quand le Soleil formera au sommet de la Dent de Kroll, une couronne de lumière orangée, signe qu’un nouveau cycle de Mère nature vient de se finir, nous serons en vue de la prison.”

“C’est à dire ?”

“Vers sept heures et demi, huit heures moins quart.”

“Ah d’accord.”

Un peu moins d’une heure plus tard, alors que le soleil se couchait, ils arrivèrent comme promit en vue de la forteresse. La nuit commençait tout juste quand ils furent à moins de cinq cent mètres de l’édifice. Nevan pris la tête du groupe, guettant sur les murs et les tours de la prison, tout signe de présence. Vu de plus près, elle avait subi plus de dégâts que ne l’avait pensé Nevan. Il ne repéra rien d’inquiétant et arrivèrent devant la grande porte de la prison. L’un des battants était refermé mais le second avait été arraché par une explosion et reposait au sol, au milieu de nombreux gravas.

“C’est mon premier donj’”, annonça le voleur solennellement.

“Vraiment ?” demanda Tren. “J’imagine ce que tu ressens, je l’ai vécu aussi à mon époque. C’est très excitant et crois moi, il n’y a rien de mieux qu’un bon vieux donj’.”

“C’est quoi un donj’ ?” demanda Hoys de la voix gênée de celui qui ne veut pas passer pour un ignorant [5]

“Donj’ est le diminutif de donjon,” expliqua doctement Tren. “Il désigne tout édifice, apparent ou enterré, bâtit ou naturel, dans lequel un groupe d’aventuriers se rend pour y accomplir une quête ou y quérir des richesses, et devant au préalable y affronter des ennemis et/ou y déjouer des pièges. Notre prison, ici présente, répond parfaitement à la définition” [6]

“Bon on y va ?” S’impatienta Seïthra.

Passant en premier, Nevan s’avança vers la porte et fit signe à ses compagnons de rester quelques pas derrière lui. Il passa la tête derrière la moitié de porte encore debout et pu découvrir la cours intérieure de la prison. Il n’y avait qu’une seule présence, un homme en armure qui montait la garde devant une large porte en métal. Il ne semblait pas particulièrement absorbé par son travail puisqu’il fumait un genre de cigare et que son arme, un fusil blaster impérial, était posée contre le mur du bâtiment. Nevan s’accroupit derrière une pile de gravas et encouragea d’un geste ses amis à s’approcher. Chacun à leurs tours ils se risquèrent à lever la tête pour observer la sentinelle.

“Pas très consciencieux le gus”, observa Tren, “ mais aussi incompétent qu’il est, il nous verra arriver de loin et il donnera l’alerte. On peut pas non plus espérer le descendre avant même d’être entré à l’intérieur, la fusillade s’entendra de loin et ils boucleront les accès. Nevan, tu penses pouvoir l’atteindre depuis là ?”

“Sans problème.”

Il se leva, dégaina son petit blaster et le pointa sur le garde. Tren voulut le retenir.

“Non attend, c’est pas ce que je vou…”

Nevan appuya sur la détente et le trait de laser fusa vers l’homme. Le rayon le frappa en pleine gorge, lui carbonisant le cou. Il s’effondra, raide mort, avant d’avoir pu faire le moindre geste. Nevan sembla plutôt fier de son tir, mais ce qui sidéra le plus ses trois compagnons c’est qu’il n’y avait eu aucun bruit de coup de feu. Même une arme aussi légère que celle du voleur aurait du produire une détonation.

“Mais… comment t’as fait ca ?” lui demanda le vieil homme, éberlué.

Le jeune homme désigna le canon de son arme et ils purent voir que celui ci était plus épais que de coutume. Et pour cause, puisque le véritable canon, très court, s’arrêtait bien avant et que le cylindre fixé à son extrémité était un rajout.

“C’est un silencieux SoroSuub. Très utile, même si on ne peut s’en servir qu’avec des armes de petit calibre.”

“Et surtout très cher”, déclara Tren visiblement impressionné, “ ces petits joujoux ne sont pas donnés, c’est pourquoi ils sont si rares. Comment l’as tu obtenu ?”

“Celui ci est… tombé d’un speeder,” dit il innocemment. “Bon en attendant, ca fait déjà un pour moi”

Ils traversèrent la cours et arrivèrent devant la porte. Pendant que Nevan l’examinait, Tren fouilla le corps du garde. Il ne trouva pas grand chose si ce n’est une carte d’accès qu’il donna au jeune voleur, un comlink qu’il coupa, et un peu de monnaie qu’il glissa discrètement dans sa poche. Il étudia le mort et offrit son opinion à Hoys et Seïthra.

“Humpf, des mercenaires de seconde zone. La mère Wyrdon doit vouloir faire des économies.”

Nevan ne trouva rien d’étrange sur la porte et il demanda au groupe de se tenir prêt. Il se décala et présenta la carte devant le dispositif d’ouverture. Un voyant vert s’alluma et la porte magnétique s’ouvrit. Rien ne se passa et ils purent alors entrer à l’intérieur, Nevan en tête.

Ils pénétrèrent dans un long et sombre couloir, éclairé seulement par quelques panneaux lumineux accrochés au plafond. A l’avant, Nevan avançait prudemment, attentif à l’éventuelle présence d’alarmes ou de pièges. Juste derrière venait Hoys, qui fusil levé se tenait prêt à ouvrir le feu sur quiconque se montrerait. Derrière venait Seïthra qui semblait curieuse de découvrir la prison. Tren enfin, assurait l’arrière-garde. Ils croisèrent plusieurs portes, ouvrirent celles qui n’étaient pas verrouillées mais ne trouvèrent rien d’intéressant dans les zones de service qui étaient derrière ces différents accès. Au bout, le couloir se terminait par une grille métallique descendant du plafond qui était bloquée à mi-hauteur.

Nevan s’agenouilla et risqua un coup d’œil pour découvrir une très grande salle rectangulaire encombrée de mobiliers renversé, de caisses vides et de matériel usagé. Elle faisait bien cinquante mètres de long pour vingt de large et était haute de deux étages. Des escaliers en colimaçon reliaient le sol à des passerelles métalliques qui faisaient le tour de la pièce à plus de cinq mètres de hauteur. Ce devait être le hall central des quartiers pénitentiaires, les nombreuses portes devant mener vers les cellules et les espaces de vie des prisonniers. Hélas, la pièce n’était pas déserte et une demi-douzaine de mercenaires était postée devant plusieurs accès, deux d’entre eux au rez-de-chaussée, les quatre autres à l’étage. Aucun d’entre eux ne regardait dans sa direction. Il se releva et chuchota pour décrire la situation à ses compagnons.

“Une chose à la fois, » ordonna Tren, “il faut d’abord qu’on s’occupe des deux premiers si on veut pouvoir canarder les autres depuis en bas.”

“Il y’a pas mal de bazar la dedans, expliqua Nevan, je devrais pouvoir m’en servir pour atteindre le garde du fond sans me faire voir du second.”

“Très bien, nous surveillerons ta progression depuis ici. Dès que tu es à son niveau tu le backstabes pendant que Hoys et moi on se tape son petit copain. Seïthra, vous auriez quelque chose pour retarder ceux qui sont sur les passerelles ?”

“Je dois avoir ça en stock.”

“Parfait. A toi de jouer fiston.”

Nevan rangea son arme et repassa la tête sous la grille pour observer la pièce. Quelques secondes plus tard il quitta l’entrée et partit se réfugier derrière une pile de vieux matériel. Ne constatant aucune réaction de la part des gardes, il entreprit de longer le grand hall par la droite, se déplaçant le plus silencieusement possible et profitant du moindre coin d’ombre pour s’y dissimuler. Il arriva à hauteur du mercenaire en un peu plus de deux minutes. Usant de toute sa discrétion, il le contourna et se campa juste dans son dos, retenant sa respiration pour ne pas qu’elle le trahisse. Lentement il dégaina sa dague et se releva. Du coin de l’œil il croisa le regard de Tren et sut que ses amis étaient prêts.

Il frappa en un éclair, plantant la dague dans la nuque du garde. L’homme s’étrangla et tenta de crier, en vain, puisque une longue lame d’acier lui traversait le cou de part en part [7] Les gargouillis d’agonie du mercenaire attirèrent l’attention de son collègue qui tourna la tête dans sa direction pour lui demander ce qui n’allait pas. Il se paralysa trois longues secondes en découvrant son équipier tentant vainement de retenir le sang qui s’écoulait de sa gorge.

Trois secondes pendant lesquelles Hoys, Tren et Seïthra passaient à leur tour sous la grille pour remplir leur rôle. Hoys et Tren pointèrent leurs armes vers le second garde, parfaitement inconscient de leur présence, et ouvrirent le feu. Plusieurs traits de laser fusèrent vers lui, certains s’écrasant sur la plaque pectorale de son armure sans parvenir à la traverser. Ce fut finalement une rafale tirée par Hoys en pleine tête qui tua le deuxième mercenaire.

A l’étage, les quatre autres hommes abandonnèrent leurs postes quand ils entendirent la fusillade, ils se précipitèrent pour regarder par dessus la rambarde et firent feu sur leurs ennemis. Désavantagés par leur position, Hoys et Tren se réfugièrent derrière les débris d’une longue table leur offrant une maigre couverture. Abandonnant sa dague pour son pistolet, Nevan plongea à son tour derrière des débris quand l’un des gardes voulut venger la mort de son collègue. Les trois hommes ripostèrent comme ils le purent, mais les tirs venant d’en haut ne leur laissaient pas le temps de viser correctement.

C’est à ce moment là que Seïthra, que tout le monde avait oublié, termina l’incantation de son sort. Le vent sembla se lever à l’intérieur du vaste hall. Animées par la Force, les molécules d’air se mirent à se déplacer, formant un puissant tourbillon que la sorcière guida vers l’étage. La mini tornade fit le tour des passerelles renversant les mercenaires un par un. Les aventuriers se risquèrent hors de leurs abris pour avoir de meilleures positions de tir. Quand les soldats se relevèrent ils furent accueillis par de nombreux rayons laser venus d’en bas. Deux furent fauchés par les rafales du Nautolan et un troisième se fit cueillir à la volée par un tir précis de Tren.

Le dernier garde, un peu plus malin que les autres, décida d’adopter une autre tactique. Il dégrafa une grenade de son harnais, l’arma et la jeta derrière la table renversée ou Tren et Hoys avaient trouvé refuge. Seïthra fut la seule à s’en rendre compte car elle était postée légèrement en retrait. Elle pointa son bras vers l’explosif et prononça un mot dans sa langue natale. La grenade s’envola et repartit directement à l’envoyeur. Quelques secondes plus tard, celle ci explosa à moins d’un mètre du dernier mercenaire alors que celui-ci criait dans son comlink. La déflagration le tua sur le coup et déchiqueta la portion de passerelle sur laquelle il se trouvait.

“Merde”, ragea la sorcière, “j’ai pas été assez rapide, il a eu le temps de prévenir ses potes !”

“T’en fait pas pour a”, le rassura Nevan, “la bagarre a du s’entendre dans tout le bâtiment.”

“Ouais, mais maintenant ils savent à quoi s’attendre. Ils se tiendront prêts cette fois ci.”

“Bah, on leur a mis une sacrée rouste”, intervint Hoys, “ils sont nuls.”

“Espérons-le”, dit Tren.

Il sortit un databloc de son manteau et commença à y taper quelque chose. Curieuse la sorcière lui demanda ce qu’il faisait. Le banquier lui montra l’écran sur lequel une liste de quatre noms figurait, les leurs, et devant lesquels un chiffre était inscrit : trois pour Hoys, deux pour Nevan et un pour Seïthra et lui-même.

“C’est une vieille coutume chez les aventuriers parcourant les donjons, expliqua t’il, on recense les ennemis abattus par chacun des membres du groupe. Un petit concours s’instaure pour être celui qui aura le plus haut score.”

Seïthra trouva l’idée amusante et ricana pour approuver l’idée. Victorieux, ils entreprirent comme il se doit de fouiller le hall ainsi que les cadavres des gardes. Hormis de la menue monnaie et quelques affaires personnelles, ils ne trouvèrent rien d’autres sur les mercenaires que leur équipement standard. Au rez-de-chaussée, ils découvrirent trois portes. Celle du mur de droite menait sur un immense réfectoire abandonné et plus loin sur les cuisines. Ils ne poussèrent pas plus loin l’exploration de cette partie de la prison et firent demi-tour. De retour dans la pièce centrale, ils ouvrirent la porte du fond et tombèrent sur un escalier, descendant plusieurs mètres sous la surface du sol.

Tren décida d’aller ouvrir la troisième porte avant d’y descendre. Nevan l’examina et ne trouvant rien d’anormal appuya sur la commande d’ouverture. La porte ne bougea pas mais un voyant rouge s’illumina, témoignant qu’elle était verrouillée. Le voleur décrocha la trousse à outils rangée à sa hanche et en sortit un tournevis aimantée et une petite pince. Il entreprit de dévisser la plaque métallique protégeant le boîtier de contrôle. Derrière, un réseau de fils et de circuits était encastré dans le mur et reliait la porte au dispositif d’ouverture, formant un modèle impérial standard que Nevan reconnut immédiatement. Il shunta le système électronique et une diode verte s’éclaira pour saluer son succès. Il appuya sur la commande d’ouverture et la porte s’ouvrit.

“Bien joué Nevan”, le félicita Tren, “tu es le digne fils de ton père.”

Derrière la porte, ils ne purent distinguer quoique ce soit. Hoys trouva l’interrupteur commandant l’éclairage de la salle et l’alluma. Des panneaux lumineux s’éclairèrent, dévoilant aux quatre aventuriers ce qu’il se trouvait derrière cette porte. C’était une salle tout en longueur, comparable aux dimensions du grand hall de la prison. Situé perpendiculairement à celui-ci, elle était à moitié enterrée dans le sol et un escalier en béton permettait d’y descendre. Ils découvrirent un très gros empilement de caisses et de containers, marqués du symbole impérial et occupant environ un tiers de la surface disponible.

“Les gars, je crois qu’on a trouvé ce qu’on cherchait,” triompha Nevan.

“On dirait bien”, confirma Tren l’air pourtant déçu, “mais vu la taille de cette cave, je pense qu’il devait y en avoir bien plus que ça. La vieille folle a déjà du en vendre une bonne partie et elle doit garder le reste pour équiper sa future « armée ».”

“Parfait,” les coupa Seïthra, “ maintenant que vous avez ce que vous vouliez, à vous de remplir votre part du contrat. Nous devons trouver Wyrdon et la tuer.”

“De toute manière, on ne pourra rien emporter tant qu’on n’aura pas nettoyé tout le donjon,” approuva t’il.

“On est pas rendu”, conclut Hoys.

Notre petite bande abandonna la cache d’arme pour retourner à la porte du fond, qui donnait donc sur un escalier plongeant dans le sol. Ils s’équipèrent de lampes torches et descendirent ainsi de plusieurs mètres avant d’arriver dans un tunnel étroit, creusé dans la terre et renforcé à la va-vite par une épaisse couche de béton. Le sol était orné de dalles noires et grises, plus fonctionnelles et économiques que véritablement décoratives. Au bout de quelques mètres, le tunnel tournait à quatre-vingt-dix degrés vers la gauche. Nevan risqua un coup d’œil au coin du mur et continua d’avancer. Ils ouvrirent une porte isolée pour n’y découvrir qu’un petit local technique. Pendant que Tren et Nevan découvrait l’affligeante inutilité de cette pièce, ils ne se rendirent pas compte que Hoys et Seïthra avaient pris l’initiative, l’un par inexpérience et l’autre par impatience, de continuer seuls l’exploration du tunnel.

Après un nouveau virage sur la droite, ils tombèrent brutalement nez à nez avec un nouveau groupe de cinq mercenaires armés jusqu’aux dents et courant dans le couloir à leur rencontre. Les deux groupes s’arrêtèrent brusquement à quelques mètres l’un de l’autre. La surprise passée, Seïthra fut la première à réagir en projetant sur ses adversaires une poussée de Force qui les renversa tous comme des quilles. Hoys saisit l’occasion et lança une grenade en plein milieu des hommes tombés à terre pendant que lui et la sorcière reculaient pour se mettre à l’abri. L’explosion emporta trois mercenaires tandis que les deux autres, providentiellement plus en retrait, avaient pu se relever plus facilement et s’éloigner de quelques mètres. Seïthra utilisa à nouveau son pouvoir pour projeter un des deux fuyards contre un mur, ou il eu la malchance de se briser la nuque. Le dernier fut abattu par Tren qui les avait alors rejoints, Nevan sur les talons. Le vieil aventurier leur conseilla de ne plus se séparer du reste du groupe et ils opinèrent du chef pour montrer qu’ils avaient compris.

ils tombèrent brutalement nez à nez avec un nouveau groupe de cinq mercenaires armés jusqu’aux dents et courant dans le couloir à leur rencontre...
ils tombèrent brutalement nez à nez avec un nouveau groupe de cinq mercenaires armés jusqu’aux dents et courant dans le couloir à leur rencontre...

Seïthra contesta à Hoys l’attribution des mercenaires tués par la grenade, au score du Nautolan, affirmant que c’est elle qui les avait réellement neutralisés. Tren trancha, affirmant que celui qui achève l’ennemi en remporte le total crédit, quelque soit la participation des autres compagnons à sa mort [8] au grand déplaisir de la jeune sorcière qui ronchonna pour manifester son mécontentement. De nouveau tous réunis, ils continuèrent d’avancer dans le tunnel après avoir au préalable soigneusement fouillé les morts pour n’y trouver rien de plus que ce qu’ils avaient découvert sur leurs collègues tués auparavant. Ils découvrirent bientôt une nouvelle porte, que Nevan dut déverrouiller pour pouvoir l’ouvrir. Elle donnait sur des appartements de taille moyenne, dotés d’un relatif confort. Le mobilier était minimaliste et fonctionnel, typique de ce à quoi un officier impérial moyen aurait eu droit dans ses quartiers. La pièce mêlait une chambre à coucher et un bureau, ainsi qu’une petite salle de bain, située derrière une cloison. La chambre était actuellement utilisée par quelqu’un puisque des vêtements, des robes sombres principalement, et des objets personnels était visibles ça et là. Sur le bureau, Nevan découvrit un vieux terminal d’ordinateur, un databloc et quelques documents en filmsiplast. Mais le plus intéressant était sous le meuble puisqu’un coffre-fort était dissimulé grossièrement derrière une plaque de plastique de la même couleur que le bureau.

“Héhéhé”, se réjouit le jeune homme, “c’est jour de paie.”

Il s’agenouilla devant le coffre, pendant que ses compagnons étaient penchés par dessus son épaule pour observer ce qu’il faisait, et l’examina avec une prudence toute professionnelle.

“Ca doit être le trou de cette chienne de Wyrdon,” cracha Seïthra de plus en plus impatiente de rencontrer la Sœur de la Nuit, “ ce coffre contient sûrement quelque chose d’utile.”

“C’est justement ce que j’essaye de voir.”

“Vgin vingningnin gnin, vgin vingningnin vgin.”

“Redites-moi ça Seïthra.”

“J’ai rien dit.”

“C’est pas vous qui avez dit : « Vgin vingningnin gnin, vgin vingningnin vgin » ?”

“Ben non.”

Sortit d’un passage secret dissimulé dans le mur...
Sortit d’un passage secret dissimulé dans le mur...

D’un seul homme, le groupe se retourna et fut saisit de stupeur en découvrant la source du bruit. Sortit d’un passage secret dissimulé dans le mur, une étrange machine presque aussi grande qu’un homme se tenait maintenant devant eux et flottait à quelques centimètres du sol. Sa tête était composée de deux parties circulaires pivotant l’une sur l’autre, d’ou deux antennes rétractables émergeaient de leur logement. Un nombre impressionnant de bras articulés se dépliaient sous le corps de la machine pour la faire ressembler à une sorte de méduse mécanique.

“Droïde sonde !” cria Nevan en se relevant.

Tous dégainèrent leurs armes à feu et reculèrent au fond de la pièce alors que le blaster intégré du droïde se pointait sur eux. Ils ouvrirent le feu sur leur adversaire, mais son épais blindage protégeait efficacement ses systèmes vitaux, absorbant les rayons laser qui ne faisaient qu’abîmer sa peinture. Le droïde riposta et envoya une rafale sur les intrus. Seïthra fit preuve de présence d’esprit en invoquant le Force pour créer une barrière protectrice invisible autour d’eux. Toutefois, elle ne fut pas assez rapide pour bloquer le premier tir qui vint toucher Hoys au bras droit.

Nevan prit conscience que malgré les pouvoirs de la sorcière ils ne tiendraient pas longtemps contre le droïde qui les acculait dos au mur. D’un geste, il se saisit d’une grenade du Nautolan blessé et quitta la bulle de protection pour foncer droit sur le droïde sonde. La machine n’eut pas le temps de mettre en joue ce nouvel adversaire et le jeune voleur effectua une glissade magistrale, passant juste sous la forêt de bras mécaniques. Une fois passé, il se releva et dégaina sa vibro-lame en un éclair. Dans le même geste, il porta un coup de taille qui trancha plusieurs pattes de la « bête ». La tête du droïde pivota et ses photorécepteurs se braquèrent sur celui qui l’avait blessé. Nevan plongea derrière une commode pour éviter plusieurs tirs de laser. Pris en tenaille, le droïde avait négligé les trois autres aventuriers qui se trouvaient maintenant dans son dos et qui en profitèrent pour déchaîner leur puissance de feu, tâchant d’atteindre les points sensibles de la machine. Plusieurs de ses capteurs volèrent en éclat et une fois de plus, le droïde changea de priorité, se retournant pour canarder le petit groupe. Nevan sortit de sa cachette, arma la grenade et la coinça entre les deux parties sphériques de la tête de la machine, avant de se remettre à l’abri. L’explosion fit sauter la partie supérieure du droïde qui s’écrasa au sol, tandis que le reste du corps s’effondrait par terre.

“Pfiou, on a eu chaud cette fois ci”, commenta Tren, “ joli système de sécurité. Bravo Nevan, belle présence d’esprit.”

“Mouais, pas mal”, avoua Seïthra.

“Trop facile”, crâna le jeune homme.

“Vantard.”

“Jalouse.”

“Eh, j’ai mal moi ! Pin Pon, Pin Pon,” chantonna Hoys, “ca vous gênerez de m’aider ?”

Honteux et confus, ils s’inquiétèrent alors de la blessure de Hoys, une belle brûlure qui avait carbonisé la chaire sur plusieurs centimètres carrés et qui, selon ses propos, faisait mal de chez sa race. Seïthra lança un nouveau sort et une lumière blanche scintillante apparut entre son poignet tendu et la blessure du Nautolan. La brûlure sembla se résorber quelque peu et Hoys avoua que la douleur diminuait fortement. Tren appliqua un patch de bacta sur la blessure et lui fit un solide bandage. Une fois Hoys soigné, ils purent retourner à l’exploration de la salle. Seïthra s’approcha du bureau et avisant le coffre-fort, tendit le doigt pour taper une combinaison au hasard sur le clavier.

“Non attend, ne le touche pas !” cria Nevan.

La jeune fille sursauta et recula prestement sa main.

“C’est un K-36 de Secuval Industries, je connais bien ce modèle. Mais habituellement les K-36 n’ont pas de système à code, mais un lecteur d’empreintes digitales.”

Il fit signe à Seïthra de s’écarter et de la pointe de sa dague appuya sur une touche.

“Fizz, Fizz, Fizz”, fit le coffre.

“Tchonc, Tchonc, Tchonc”, firent les trois fléchettes qui se plantèrent dans le mur d’en face.

Tren alla en récupérer une et en posa la pointe sur ses lèvres.

“Poison”, déclara t’il, “je ne le reconnais pas mais ca ne vous aurait certainement pas fait du bien mademoiselle.”

Nevan découvrit le véritable dispositif d’ouverture et passa un bon quart d’heure à le désactiver, perdant de longues minutes à tenter d’accéder aux circuits électroniques cachés sous l’épais blindage. La porte finit par s’ouvrir à sa plus grande fierté.

“Bingo”, se réjouit-il en avisant un très grand nombre de liasses de crédits empilées les unes sur les autres, un spectacle toujours agréable pour un voleur professionnel. Il estima qu’il devait y en avoir pour plusieurs centaines de milliers de crédit et en fit part à ses compagnons.

“Ceci explique cela”, fit Tren, “ca me semblait bizarre qu’il y’ai aussi peu de mercenaires. Même en vendant les armes au rabais, elle avait de quoi louer les services de vingt fois plus d’hommes. Elle garde du liquide de coté en attendant des forces supplémentaires.”

N’ayant pas très envie de se trimballer tout ce liquide sur eux pour continuer le nettoyage du donjon, ils décidèrent à l’unanimité de laisser l’argent dans le coffre pour venir l’y rechercher plus tard. Tren s’intéressa ensuite au bureau et tenta de faire fonctionner l’ordinateur, sans succès, puisque protégé par plusieurs mots de passe. Nevan avoua son impuissance dans ce domaine.

“Vicky peut ptêt’ faire quelque chose”, intervint Hoys en activant l’I.A stockée dans le bracelet de son poignet. L’image de la twi’ lek apparut, surprenant Seïthra.

“Bonjour tout le monde”, ironisa t’elle, “encore besoin de moi j’imagine. Ravi de vous revoir mon cher Nev… Hoys, c’est qui cette pouf’ ?” demanda-t-elle en dévisageant Seïthra.

“Laisse tomber”, ordonna son propriétaire, “tu peux pirater cet ordi ?”

“Tu sais bien que oui gros nigaud, connecte moi.”

Hoys brancha Vicky à un port du terminal d’ordinateur. L’hologramme de la jeune femme sembla se concentrer sur sa tâche et l’écran 3D de l’ordinateur fit défiler des colonnes de chiffres et de codes trop rapidement pour l’œil humain. Finalement, il s’arrêta sur un menu, garni de nombreuses entrées.

“Bien joué”, le félicita Tren, “maintenant fouille le disque dur et raconte nous ce qu’il y a d’intéressant à l’intérieur.”

Les données défilèrent quelques secondes et s’arrêtèrent sur une fenêtre avec plusieurs images, visiblement prises par des caméras de sécurité qui filmaient divers endroits de la prison. L’une d’entre elle montrait une vue du hall central ou ils étaient déjà passé, sur une deuxième ils virent leur petit groupe penché sur un terminal d’ordinateur, d’autres montraient des pièces inoccupées mais la dernière retint l’attention des quatre aventuriers. Autour d’une grande table pleine de matériel de surveillance, quatre hommes plutôt baraqués se préparaient au combat, ils enfilaient des plaques d’armures et rechargeaient leurs armes. Près d’eux, une silhouette menue en robe noire et encapuchonnée ignorait les préparatifs des soldats pour se concentrer sur les écrans de surveillance. Soudain elle saisit un blaster sur la table et le pointa vers l’objectif de la caméra. L’instant d’après, l’image se brouilla et n’afficha plus que de la neige. Seïthra tremblait de rage, les poings serrés.

“C’est Wyrdon”, murmura t’elle.

“Ils suivent notre progression depuis le début”, déclara Tren, “il faudrait pouvoir désactiver toutes les caméras, ca nous donnerait un avantage.”

“Je peux le faire”, déclara Vicky, “ce terminal me permet d’accéder au réseau de surveillance.”

“Vas-y.”

Peu après, les images des caméras s’éteignirent toutes en même temps et Vicky annonça que le réseau était définitivement inopérant. Elle continua ensuite l’analyse du disque dur et finit par trouver une série de messages, une correspondance entre Wyrdon et un groupe de mercenaires indépendants devant arriver sur Dathomir dans moins d’une semaine. L’I.A ne trouva rien de bien plus intéressant et se déconnecta de l’ordinateur. Bizarrement, Hoys la remercia de son aide avant de la désactiver. Le groupe quitta finalement la chambre, décidant qu’ils n’avaient plus rien à en tirer.

Fort de ce nouveau succès, ils partirent à l’assaut du reste du donjon avec enthousiasme. Moins d’une minute plus tard, Nevan s’arrêta au milieu du tunnel et observa le sol. Curieux de savoir ce qui avait retenu” l’attention du voleur, ses compagnons décidèrent d’attendre patiemment. Quand le jeune homme eut terminé son examen, un rictus de mépris s’était inscrit sur son visage.

“Non mais de qui on se moque ici ?” Se plaignit-il. “Ils nous ont fait le coup de la trappe ces guignols. Regardez moi ça, dit il en désignant une dalle noire apparemment semblable à toutes les autres, ca se voit comme le nez au milieu de la figure que ca cache un piège.”

“Ah bon, t’es sur ?” demanda Tren. “Ca m’a tout l’air d’être une franche et honnête dalle. ” “Ne t’y prend pas car elle cache assurément une mortelle surprise si tu poses le pied dessus. Nul doute qu’elle te fera basculer dans une fosse ou tu t’empaleras sur une forêt de pieux rouillés, ou alors tu feras une chute de plusieurs mètres de hauteur avant de te briser les os sur un sol de pierre, ou encore tu plongeras dans un bassin rempli d’acide qui te rongeras la peau et la chair dans une atroce agonie.”

“Brrr…”

“Heureusement pour nous, c’est un vrai travail de sagouin. Franchement, c’est ni fait ni à faire. Cette dalle est très légèrement surélevée et il y’a un petit espace entre elle et ses voisines, comme si il était prévu qu’elle bouge. C’est presque invisible sauf pour un voleur qualifié et diplômé d’une Maîtrise Escroquerie et Rapine, option Dungeonning.”

“Bon on a cas passer à coté alors”, hasarda Hoys

“Certainement pas, le piège prend sûrement toute la largeur du couloir, sinon ca perd son intérêt. Non, les concepteurs ne sont pas bêtes malgré leur manque évident d’imagination mais ils ont bâclé le travail. S’ils avaient correctement posé cette dalle ci, l’astuce aurait pu fonctionner. Sautons par dessus, c’est plus prudent.”

Nevan montra l’exemple et réalisa un petit bon élégant au dessus de la dalle suspecte. Il fut suivit par Tren et par Hoys qui n’eurent aucun mal à l’imiter. Derrière, Seïthra entreprit à sont tour de les rejoindre. Le vol se passa sans incident mais elle comprit à l’atterrissage qu’elle avait commis une grave erreur en sautant à pieds joints. Son pied droit se réceptionna sur les franges de sa robe et dérapa, la faisant basculer en arrière, droit sur le piège détecté par Nevan. Elle cria, pensant que sa fin était proche, la courte chute ne lui laissant pas le temps d’utiliser sa magie. Elle tomba, ses fesses heurtant douloureusement le sol. Tremblante, la sorcière rouvrit les yeux, constatant qu’elle était encore en vie. La dalle n’avait pas basculé, sa chute n’avait déclenché aucun mécanisme et pas un bruit ne vint troubler la scène pendant de longues secondes. Ce fut finalement Tren qui rompit le silence, un large sourire sur les lèvres.

“Ah ouais, bien vu le piège mortel” Nevan. “ T’as eu raison de nous prévenir, on aurait pu y laisser notre peau.”

“ Bheu…”

“Clair, heureusement qu’on a un diplômé avec nous”, railla Hoys en aidant Seïthra à se relever.

“Merci du tuyau, j’ai bien l’air conne d’avoir autant flippé.”

“Ben… désolé.”

“Ah Ah Ah ! Même ton père m’en a jamais fait une comme celle là. Hilarant !”

“Ouais, à s’en taper le cul par terre”, ajouta Hoys à l’adresse de la jeune femme.

“Connard,” répondit elle.

“Allez champion, c’est pas tout ca mais faut continuer.”

“Ouais, bon ca va, ca va.”

Le groupe reprit sa route à travers le sous-sol de la forteresse à la recherche de la maîtresse des lieux. Le long tunnel dans lequel ils avançaient depuis le début offrait régulièrement la possibilité d’explorer un dédale de nouvelles salles mais Seïthra localisait la présence de leur adversaire principale quelque part au bout de ce couloir souterrain. Ils purent constater que le couloir s’élargissait peu à peu pour déboucher devant une large porte blindée. La Sorcière se figea alors qu’elle s’en approchait et son regard sembla transpercer la lourde porte de métal.

“Il y’a quelque chose la derrière”, les prévint-elle, “quelque chose de puissant et dangereux.”

“Wyrdon ?” demanda Nevan.

“Non. Je ne ressens pas cette haine froide et calculatrice qu’on trouve chez les Sœurs de la Nuit. C’est quelque chose de plus primitif… c’est plus une colère alimentée par la crainte de quelque chose.”

“OK, alors haut les flingues tout le monde,” ordonna Tren, “la surprise n’est plus dans notre camp. Nevan ?”

Tren attendit d’avoir l’aval de Nevan pour faire basculer le levier commandant l’ouverture de la porte. Celle ci se souleva et l’appel d’air créé ramena aussitôt vers eux une odeur forte qui sembla étrangement familière à Seïthra. L’obscurité qui régnait dans cette salle obligea les aventuriers à sortir des lampes torches de leurs sacs à dos pour espérer distinguer quoique ce soit dans les ténèbres environnantes. Armes aux poings, ils avancèrent prudemment en balayant la pièce du faisceau de leurs lampes et en partageant leurs observation à voix basse. La salle semblait être dotée d’une surface et d’une hauteur importante. Ils virent un amoncellement de pièces détachées entassées dans un coin, parmi lesquelles Hoys reconnu du matériel militaire impérial. Nevan sursauta quand il braqua sa lampe sur une silhouette massive et carrée évoquant dans les ténèbres, la tête d’une créature géante. Il se rassura en constatant que ce n’était que le cockpit d’un bipode d’exploration impérial qui reposait sans ses jambes sur le sol. Ils comprirent alors qu’ils étaient entrés dans le hangar ou la garnison impériale conservait et entretenait autrefois ses véhicules de combat terrestres. D’après ce qu’ils pouvaient voir, le hangar était de forme rectangulaire et la porte par laquelle ils étaient entrés était située sur la longueur de la pièce tout près d’un des quatre coins. Alors qu’ils avançaient à tâtons vers l’autre extrémité de la salle, l’odeur qu’ils avaient sentie peu auparavant se fit de plus en plus perceptible. La jeune sorcière était absorbée dans ses pensées, cherchant dans ses souvenirs pourquoi cette odeur particulière lui était si familière. Ce fut un grondement sourd et animal qui répondit à ses interrogations.

“ Et merde”, fit elle.

“C’était quoi ca ?” S’inquiéta Hoys.

“Un rancor, sinon rien…”

Elle déployait son corps puissant et lentement se retourna vers les intrus...
Elle déployait son corps puissant et lentement se retourna vers les intrus...

Tren braqua sa lampe vers le fond du hangar, le fouilla quelques instants avant d’éclairer une haute et massive silhouette en train de se relever. La créature devait dormir et l’intrusion du petit groupe l’avait réveillée. Elle déployait son corps puissant et lentement se retourna vers les intrus avant de pousser un rugissement terrible. Seïthra se concentrait pour créer un lien télépathique avec le rancor mais lâcha prise au bout d’un instant alors que la bête s’avançait lentement vers eux.

“Seïthra, qu’est ce que vous foutez ?”, cria Tren, “je croyais que vous pouviez contrôler ces bestioles.”

“Oui bien sur, celles qui ont été sont nées et ont été élevées dans nos clans, railla t’elle, et surtout celles dont l’esprit n’a pas été perverti par une Sœur de la Nuit timbrée et malfaisante.”

“Qu’est ce qu’on fait alors ?” demanda Nevan alors que le monstre n’était plus qu’à quelques mètres.

“On le descend !”

Nevan éteignit brutalement sa lampe, disparaissant à la vue de tous. Hoys et Tren firent cracher le feu de leurs blasters et touchèrent plusieurs fois le rancor sans parvenir à lui infliger de profondes blessures tant le cuir de sa peau était épais. De son coté, Seïthra criait une incantation tandis qu’elle avait ramenée près de sa hanche, ses mains qu’elle avait joint au niveau de ses poignets. De ses doigts sortaient des éclairs bleus blancs qui se concentraient entre ses paumes en une boule d’énergie brillante

“Kah… Mey… Ha… Mey… HAAAAAA !!!!!”

Elle tendit soudainement ses mains vers la tête de la créature et la boule d’énergie fusa en un éclair vers sa cible. Elle éclata au niveau de sa gueule en un flash aveuglant qui obligea les aventuriers à fermer les yeux. Quand ils les rouvrirent, ils s’aperçurent que la bête avait salement dégusté. La peau de son visage, fumante et gravement brûlée, était encore parcourue de petits éclairs résiduels apparaissant ça et là. En revanche, si cette attaque avait portée, la fureur du rancor semblait avoir doublée et celui ci contre-attaqua immédiatement. D’un ample revers, il tenta de frapper Tren et Hoys mais n’y réussit qu’à moitié. Tren attrapa le Nautolan et le plaqua au sol avec lui. La présence d’esprit du vieil homme leur sauva la vie puisqu’ils évitèrent ainsi le gros de l’attaque et ne furent touchés que par un seul doigt de la gigantesque gifle. Le choc suffit quand même à les faire rouler sur plusieurs mètres, sonnés. Fort de ce succès, l’animal se retourna vers la source de ses souffrances, la jeune sorcière qui maintenant reculait en réfléchissant à toute vitesse auquel de ses sorts pourrait lui sauver la vie.

L’un comme l’autre avait toutefois négligé un détail important ; quatre personnes étaient entrées dans l’antre de la créature alors que seulement trois s’étaient jusque là frottées à elle. Ce fut à ce moment que Nevan rappela au monstre sa présence en portant un coup de sa vibro-lame au niveau de la jointure entre sa patte et son corps. Il avait discrètement contourné la créature et s’était glissé sous sa queue et entre ses pattes pour frapper un point sensible. La lame vibrante trancha aisément muscles et tendons et le rancor poussa un nouveau rugissement de douleur. La patte blessée sembla ne plus être capable de supporter le poids de la bête et tandis que Nevan se dégageait prestement de sous son corps, il espéra qu’elle tomberait au sol.

L’animal ne lui fit pas se plaisir et au prix d’un terrible effort parvint à tenir debout. Toutefois, leur adversaire ne pouvait presque plus bouger sa patte blessée et se retrouvait donc immobilisé. Il jeta un coup d’œil dans la direction de la jeune sorcière et vit qu’elle préparait déjà un nouveau sortilège. Compte tenu du résultat de sa première intervention, il décida qu’il n’était pas très sage de rester dans les parages et courut se réfugier près de ses deux amis tombés à terre qui tentaient maintenant de se remettre sur pieds. De son coté Seïthra avait maintenant le bras tendu vers le rancor et ses doigts semblaient serrer très fortement un objet invisible. Son visage dégoulinait de sueur tant l’utilisation de ce pouvoir semblait lui pomper de l’énergie. Le monstre n’était pas en reste puisqu’il donnait l’impression de s’étouffer, ramenant l’une des ses mains vers sa gorge dans un geste très humain, tandis que l’autre fouillait péniblement le sol à la recherche d’un objet pouvant faire office d’arme. Il tomba sur un long morceau de tuyau métallique qu’il saisit et tenta de lancer sur la sorcière. Les trois hommes réagirent instantanément et firent feu de leurs blasters sur le bras tenant l’arme improvisée. Les tirs concentrés sur un même endroit parvinrent à brûler suffisamment la peau du rancor pour qu’il lâche prise. A ce moment là, Seïthra poussa un dernier cri et on entendit un craquement d’os provenant du cou de l’animal. La jeune femme relâcha sa concentration et le rancor s’effondra totalement inerte.

“Bien joué Seïthra”, la félicita Tren, “ vous venez de nous sauver les miches.”

“Ouais, t’as assuré”, ajouta Hoys.

Nevan quant à lui leva son pouce en l’air et lui adressa un clin d’œil pour lui signifier son admiration. L’intéressée ne put répondre tant elle était essoufflée et se contenta de leur sourire. Elle s’assit à même le sol pour retrouver ses forces. Les quelques minutes suivantes, Tren et Hoys explorèrent le reste du hangar. Ils découvrirent une nouvelle issue ainsi qu’une paire de monte-charge très imposants destinés à remonter les bipodes impériaux à la surface. Ils en déduisirent en toute logique que c’est par cette voie que le rancor avait été amené sous terre. Nevan se rendit auprès de Seïthra et offrit à la jeune femme de boire à sa gourde pour récupérer.

“C’était sacrément impressionnant cette boule de lumière que vous lui avez balancé à la gueule”, lui dit-il, “qu’est ce que c’était ?”

“C’est un truc que j’ai inventé, c’est dérivé des éclairs de Force. C’est plus puissant mais ca pompe beaucoup plus de forces. J’ai appelé ça la Vague Déferlante. Bien trouvé non ?”

“Ouais plutôt… Mais vous risquez pas de passer du coté méchant de la Force en faisant ça ?”

“Le Coté Obscur ?”

“Ouais, obscur.”

“Je me pose pas vraiment la question en fait…”

“Ok, de toute façon vu le résultat, difficile d’y trouver à redire.”

“Exact. Et si on arrêtait le « vous », ca serait pas mieux ? On a dézingué un streum ensemble, ca crée des liens non ?”

"Ca marche, mais celui ci compte pour toi.”

Il aida la sorcière à se relever et ensemble ils rejoignirent leurs deux compagnons qui les attendaient devant la nouvelle porte.

Quand le groupe se fut de nouveau rassemblé, Seïthra brisa la glace et révéla ce qu’elle avait senti depuis plusieurs minutes.

“Wyrdon est quelque part, derrière ses murs. Je la sens.”

Les trois hommes se regardèrent, saisissant la gravité de la situation [9] Suite à cette nouvelle, Tren préféra prendre quelques instants pour remotiver ses troupes, plutôt que de mener un groupe désorganisé affronter un adversaire des plus délicats.

“C’est le moment de conclure. Bon… le fait qu’on ait affronté une succession d’ennemis isolés prouve que Wyrdon nous a largement sous-estimés. Maintenant qu’on a descendu sa bébête de compagnie, elle ne devrait plus faire la même erreur. On est attendu et on se prépare à tomber dans un piège.”

“Elle n’est pas seule”, rappela Nevan, “on a vu quatre autres gus sur les caméras de sécurité et ils avaient l’air d’une autre trempe que ceux qu’on a butté jusque là.”

“Wyrdon est à moi”, intervient la sorcière, “j’en fait mon affaire.”

“C’est bien ce que j’imaginais de toute manière, vous êtes la seule à pouvoir lui tenir tête. Hoys, couvrez-là et ne la quittez pas d’une semelle. Sans elle on a pas la moindre chance.”

“Euh… ouais. D’ac.”

“Nevan, toi et moi il faudra qu’on déniche ses portes flingues pour la laisser se concentrer sur la Sœur de la Nuit.”

“Ca roule.”

Le jeune voleur inspecta brièvement la porte et n’y trouvant rien à redire, actionna la commande d’ouverture et pénétra dans un corridor d’à peine trois mètres de longueur débouchant sur une pièce de taille moyenne. La salle, plongée dans une semi pénombre était un atelier, remplit d’étagères, d’établis et de caisses de matériel, tout ce dont il avait besoin pour se mettre à couvert. Il y’avait toutefois une large espace dégagé au centre, endroit parfait pour une embuscade. Néanmoins il se dit qu’il était temps de « tomber » dans le piège qu’on leur avait dressé. Nevan ne détecta aucun mouvement et ne perçut aucun bruit trahissant une présence. Il se retourna vers Seïthra et désigna la pièce d’un index. Elle répondit d‘un hochement de tête signifiant, comme ils s’y attendaient, que la salle n’était pas si déserte qu’il n’y paraissait.

Communiquant par gestes, les membres de l’équipe établirent leur stratégie d’approche. Nevan et Tren furent les premiers à s’engager et se séparèrent de part et d’autre de l’entrée pour couvrir les flancs. Le jeune homme dégaina blaster et vibro-lame mais n’activa pas cette dernière pour ne pas que le bruit produit par les vibrations de la lame ne trahisse sa position. Après quelques secondes d’observation Tren fit signe à Hoys et Seïthra d’avancer au centre de l’atelier. Le Nautolan prit la tête et surveillait les alentours, fusil blaster en joue. Derrière lui Seïthra chuchotait le plus bas possible pour invoquer un sort décuplant sa perception. A peine son sort fut finit qu’elle détecta quelque chose et que les évènements se précipitèrent.

Elle trouva immédiatement la présence de Wyrdon. Elle était déjà en train de les surveiller grâce au Coté Obscur et tentait maladroitement de camoufler sa présence. D’une pensée elle communiqua la position de leurs adversaires (deux hommes en embuscade de chaque coté de l’allée centrale) à ses compagnons et s’agenouilla derrière son protecteur pour recréer le bouclier de Force qu’elle avait déployé contre le droïde sonde. Au même moment, des tirs de laser fusèrent de part et d’autre du duo mais furent dispersés par la protection « magique ». Tren et Nevan profitèrent du chaos pour remplir leur rôle.

L’un des mercenaires de Wyrdon
L’un des mercenaires de Wyrdon

Ils tombèrent chacun rapidement sur un premier mercenaire en armure lourde occupé à tirer sur la sorcière et le Nautolan. Tren pointa son blaster et ouvrit le feu. Malheureusement ses tirs imprécis s’écrasèrent sur la plaque dorsale de l’armure sans causer la moindre blessure. L’homme abandonna ses cibles et retourna contre le banquier le canon de son fusil. Tren se réfugia derrière un établi juste avant qu’une série de rayons laser ne frappent l’endroit ou il se trouvait une demi seconde plus tôt. Les étincelles et les flammèches produites par les rafales enflammèrent sa manche. Pris de panique, le vieil aventurier négligea son adversaire et tapa sur ses vêtements pour éteindre les flammes. Le mercenaire en profita et bondit sur Tren pour le plaquer au sol. La collision leur fit lâcher leurs armes. Se sachant largement dominé par un adversaire plus fort physiquement, Tren ne tenta pas de lutter et se laissa saisir par son ennemi. Il profita du corps à corps pour se saisir d’un poignard caché au niveau de sa ceinture et qu’il planta dans l’aisselle de l’homme, juste à l’endroit ou l’armure présentait une faille. Le soldat cria et relâcha son emprise. Tren se dégagea, et en profita pour tenter de porter un autre coup. L’homme était bien entraîné et surmonta la douleur. Du bras blessé, il para l’attaque et de l’autre riposta d’un crochet en pleine figure. Tren tomba et roula au sol. Certain d’avoir gagné le duel, le mercenaire s’autorisa quelques secondes de répit avant d’achever le vieil homme. Mal lui en pris car Tren eut le bonheur de tomber pile là ou son blaster s’était perdu. Sa tête le tournait et il luttait contre l’évanouissement mais il parvint à se saisir de l’arme et à tirer dans le visage du mercenaire, l’endroit le plus exposé de son anatomie car non couvert par son casque. L’homme mourut sur le coup mais Tren n’en vit rien puisqu’il tomba aussitôt dans les pommes.

De son coté, le combat de Nevan fut beaucoup plus rapide. Il tenta aussi sa chance avec son blaster mais n’eut pas plus de succès que son aîné. Il rengaina le pistolet et chargea avec sa vibro-lame avant même que le soldat ne commence à réagir. Celui ci tenta d’utiliser sa carabine comme une massue et voulut frapper Nevan au visage. Le jeune homme passa sous sa garde et porta un coup d’estoc d’une précision effrayante. La lame se planta au niveau de la hanche, là ou deux plaques d’armures se rejoignaient et laissaient juste la place pour une lame de s’y engouffrer. Le mercenaire n’eut même pas le temps de s’effondrer que le voleur lui tranchait la gorge.

Protégé par les pouvoirs de sa compagne, Hoys ignorait les tirs qui lui étaient destinés et lança une grenade d